Alexandre Soljenitsyne : quel héritage ?

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Le Temps de le dire

samedi 3 août à 12h00

Durée émission : 55 min

Alexandre Soljenitsyne : quel héritage ?

© DR - "Pour aborder Soljenitsyne, il faut commencer par ses œuvres littéraires et non pas par ses essais politiques" (Yves HAMANT)

Si l'auteur de "L'Archipel du Goulag" est relativement méconnu, l'œuvre littéraire et politique d'Alexandre Soljenitsyne peut nous aider à penser notre époque.

Le 11 décembre 2018, on commémorait le centième anniversaire de la naissance d'Alexandre Soljenitsyne (1918-2008). L’écrivain russe qui est, il faut l’avouer, un peu oublié des jeunes générations. Pourtant, ses œuvres, en tête desquelles on peut mentionner "Une journée d’Ivan Denissovtich" (1962) mais aussi la plus connue, "L’Archipel du Goulag" (1972), restent dans les mémoires comme de vibrants appels à la résistance devant toutes les formes de totalitarisme. Quelles ressources nous laisse-t-il pour affronter les combats d'aujourd'hui, au service d'une certaine idée de la liberté ?

 

"Si l'homme, comme le déclare l'humanisme, n'était né que pour le bonheur, il ne serait pas né non plus pour la mort. Mais corporellement voué à la mort, sa tâche sur Terre n'en devient que plus spirituelle : non pas un gorgement de quotidienneté, non pas la recherche des meilleurs moyens d'acquisition, puis de joyeuse dépense des biens matériels, mais l'accomplissement d'un dur et permanent devoir, en sorte que tout le chemin de notre vie devienne l'expérience d'une élévation avant tout spirituelle : quitter cette vie en créatures plus hautes que nous n'y étions entrés."
Alexandre Soljenitsyne, discours prononcé à Harvard en 1978

 

Comment lire Soljenitsyne ? 

D'Alexandre Soljenitsyne on garde souvent l'image de l'homme appelant au sursaut des consciences. Or il était aussi un grand écrivain. Yves Hamant, qui a été l'un des premiers traducteurs de "L'Archipel du goulag" regrette que ses textes littéraires ne soient pas plus connus et valorisés. "Pour aborder Soljenitsyne, il faut commencer par ses œuvres littéraires et non pas par ses essais politiques", recommande-t-il. Car en effet, si "L'Achipel du goulag" a produit un tel choc, ce n'est pas parce qu'il a révélé l'existence des camps staliniens - d'autres ont pu le faire avant lui, mais par "la force de son écriture". Pour Bruno Roche, l'ouvrage le plus célèbre de Soljenitsyne n'est autre qu'un essai "d'investigation littéraire" et Soljenitsyne lui-même était d'ailleurs "un investigateur littéraire". 

Néanmoins, Yves Hamant l'admet, "l'écriture de Soljenitsyne est très particulière très difficile". Et si "L'Archipel du goulag" est "un grand texte littéraire", sans doute faut-il pour découvrir cet écrivain, commencer par lire "Une journée d'Ivan Denissovitch", si on suit les conseils d'Hervé Mariton, qui recommande aussi "La Maison de Matriona" (1963), où Soljenitsyne se dévoile esthète, poète et spirituel. 

 



 

La conscience du mensonge

Élevé dans la tradition orthodoxe, comme beaucoup de sa génération Alexandre Soljenitsyne s'en est détaché pour adhérer à l'idéologie communiste - un parcours "assez soviétique", comme le décrit Yves Hamant. Après son arrestation en 1945 pour avoir critiqué Staline dans un échange épistolaire, il est envoyé au goulag. Il y restera jusqu'en 1953. Plus tard, la publication (et le succès) de "L'Archipel du Goulag" lui vaut d'être à nouveau arrêté le 12 février 1974, puis exilé jusqu'en 1994.

La conscience du mensonge. Parallèlement à l'œuvre, le cheminement intellectuel et spirituel de Soljenitsyne est tout à fait fascinant. Jeune homme intégré dans une dynamique sovétique, il a d'abord fait le constat d'une certaine incapacité des autorités soviétiques pendant la guerre. Petit à petit c'est la prise de conscience de "l'érection du mensonge comme système d'État", qui fait de lui un grand penseur de la vérité. "La conscience que prend Soljenitsyne que ce système soviétique institutionnalise le mensonge... qui fait que les consciences ne peuvent plus se dire à elles-mêmes la vérité... ne peuvent plus la publier, je crois que ça a été un élément tout à fait déclencheur de son destin d'écrivain", considère Bruno Roche.

 

Émission enregistrée en novembre 2018

 

Invités

  • Hervé Mariton , maire de Crest (Drôme), ancien député (UMP)

  • Yves Hamant, spécialiste de la Russie, professeur émérite des universités, ancien attaché culturel en URSS

  • Bruno Roche, philosophe, directeur du Collège Supérieur (Lyon)

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La grande émission interactive pour aborder tous les sujets de société, qui font l'actualité. Antoine Bellier reçoit ses invités pour réfléchir, approfondir, apprendre et donner du sens à tous les sujets du moment. Posez vos questions ou témoignez en direct pendant l’émission 04 72 38 20 23 ou par mail à l'adresse letempsdeledire[arobase]rcf.fr.

Le présentateur

Antoine Bellier

Journaliste à RCF depuis 2009, Antoine est passé par Le Mans et La Roche-sur-Yon, avant de rejoindre la rédaction nationale en septembre 2013. Curieux de l’actualité sous toutes ses formes, amateur de cinéma et de littérature, il lui arrive de passer du micro à la plume.