Anne Lécu : Plaidoyer pour le secret médical

Présentée par

S'abonner à l'émission

Sur le rebord du monde

mardi 8 août 2017 à 12h30

Durée émission : 25 min

Anne Lécu : Plaidoyer pour le secret médical

© Anne Lécu

Un monde sans secret serait un monde infernal.
Il y a va de notre intimité et de notre intériorité.
Pour Anne Lécu, médecin, la transparence doit avoir des limites.

Caméras dans l’espace public, passeport biométrique, banques de données, reconnaissance faciale... De plus en plus, nous sommes comme mis à nu dans notre vie de tous les jours. Avec l’essor technologique nous entrons dans une époque où l’obsession de la transparence atteint des sommets - avec l'injonction étatique qui nous somme de voir, surveiller, répertorier et quantifier, au nom de la sécurité. Dans ce contexte sécuritaire: que devient notre intimité lorsque s’estompe la frontière entre ce qui est vu au grand jour, et ce qui nous appartient et signe notre mystère en tant que sujet? Ces questions, Sr. Anne Lécu les pose dans "Le secret médical - Vie et mort" (éd. Cerf). Un véritable plaidoyer pour le secret.
 

"La pudeur c'est un voile qui permet à la nudité de l'autre de ne pas être honteuse."

 

Le secret, une ascèse

Le secret médical, tel que l'on le pratique aujourd'hui, remonte au Code pénal de 1870. Pour Anne Lécu, il ne s'agit pas seulement de taire le diagnostic mais bien plus largement de fermer les yeux sur ce que le médecin perçoit du patient et de sa vie, qui ne concerne pas directement le soin. Il en va du respect de l'intimité de la personne. "La pudeur c'est un voile qui permet à la nudité de l'autre de ne pas être honteuse." Fermer les yeux sur ce que l'on n'a pas à voir: "une ascèse" à laquelle le médecin doit "s'astreindre" pour "ne pas êre intrusif".
 

Le secret menacé

Anne Lécu est religieuse dominicaine et médecin, elle travaille à la prison des femmes de Fleury-Mérogis. Pour elle "la prison est une loupe de ce qui se passe partout ailleurs": cette perte du secret nous concerne tous. Pour elle, la transparence doit avoir des limites. Elle parle d'un "rouleau compresseur" de la transparence, que l'on exige sous la pression notamment de la menace terroriste. Mais selon elle, c'est dès la Renaissance, "et l'avènement de la modernité", que l'on tient le secret pour suspect. Depuis les dissections et "l'ouverture du corps de l'homme."
 

Entre ce que l'on montre, ce que l'on tait: c'est toujours un choix.

 

le Secret ou l'intime?

On a pourtant beaucoup dit que dans les familles, notamment, il n'est pas bon de laisser des non-dits. Il y a parfois dans les familles "un secret qui exsude", explique Anne Lécu, on sent qu'il y a quelque chose de caché. Mais il y a aussi l'intimité, cette "part de nous qui n'appartient à personne". Entre ce que l'on montre, ce que l'on tait: c'est toujours un choix. Un monde sans secret serait un monde infernal: il en va de notre intimité et de notre intériorité.

- émission diffusée le 20 décembre 2016 -

 

Invités

  • Sr. Anne Lécu, médecin, religieuse dominicaine

Les dernières émissions

L'émission

Du lundi au vendredi à 13h30 et 02h30

Le monde vit des transformations majeures qui touchent tous les secteurs de la vie de l’homme: travail, éducation, écologie, religions, médias, économie…Béatrice Soltner et son invité donnent des clés pour mieux penser ce monde mouvant et les défis d’humanisation à relever. Cette émission propose aussi des repères concrets pour construire du sens, là où l’homme serait tenté de ne voir que du chaos.

Le présentateur

Béatrice Soltner

Formée aux arts plastiques et à l'histoire de l'art Béatrice rejoint RCF en 1994. Elle aime faire émerger la parole et l'offrir en partage. La vie intérieure est son domaine de prédilection. Passionnée par la spiritualité et la psychologie, elle s'intéresse aussi au dialogue entre les églises chrétiennes.