Bioéthique - Quelle différence entre nécessité médicale et désir sociétal?

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Grand Angle

mardi 10 juillet à 17h03

Durée émission : 55 min

Grand Angle

© Corinne SIMON/CIRIC - 5 octobre 2014 : Manifestation à l'appel du collectif " la Manif Pour Tous" contre la GPA et la PMA, Paris (75), France

PMA, GPA, fin de vie... En matière de bioéthique, les sondages d'opinion révèlent l'importance du sens des mots. Et le risque de confondre nécessité médicale et désir sociétal.

Bioéthique, une grande consultation nationale est lancée : il faut enrichir le débat. Fin de vie et euthanasie, PMA et GPA, mais aussi cellules souches, don d'organes et intelligence artificielle... À l'automne prochain, les parlementaires devront réviser les lois de bioéthique. Le quotidien La Croix publie un dossier Les États généraux de la bioéthique.
 

On ne peut conclure à une majorité (64%) de Français favorables à la GPA que si l'on admet un glissement du médical vers le sociétal

 

ÉTATS GÉNÉRAUX DE LA BIOÉTHIQUE - Dès le 18 janvier 2018 s'ouvrent les États généraux de la bioéthique, une vaste réflexion pour réfléchir aux questions éthiques que posent les progrès de la science. Des débats que vous pourrez suivre sur RCF.
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Sondages et opinion

"Ce n'est pas les sondages qui doivent déterminer les décisions en général et spécialement sur ces sujets-là", dit Guillaume Goubert. Le 3 janvier 2018 le journal La Croix a publié un sondage de l'Ifop sur "Les Français et la bioéthique". "Quand nous l'avons publié nous avions bien conscience des inconvénients que cela pouvait poser", précise le directeur de la rédaction du quotidien. Devant l'extrême complexité des sujets liés à la bioéthique, difficile en effet de réaliser des enquêtes d'opinion. Comme le souligne Sylviane Agacinski, les réponses sont nécessairement liées à la manière dont est formulée la question.

À la question "Seriez-vous favorable à ce que l'on autorise en France le recours à une mère porteuse qu'on appelle aussi gestation pour autrui (GPA) ?", 18% des personnes interrogées ont répondu "oui dans tous les cas". 46% se disent favorables à la GPA "pour des raisons médicales seulement". "Si on est dans cette condition de la raison médicale ça va toucher très très peu de gens et évidemment pas la demande sociétale qui existe aujourd'hui." Ainsi, on ne peut conclure à une majorité (64%) de Français favorables à la GPA que si l'on admet un glissement du médical vers le sociétal.

 



 

Demande médicale, désir sociétal

Ce "glissement des oui quand la raison médicale est avancée" fait écho au "glissement du statut du médecin", observe le Dr Bertrand Galichon, du Centre catholique des médecins français (CCMF). Jusque là, le rôle du médecin est de "répondre à une demande médicale de réparation". Rôle que l'on "fait glisser vers une demande sociétale" non pas de réparation mais de "réponse à un désir", fût-ce un désir justifié ou non. "Ce glissement est d'autant plus favorisé qu'on arrive sur les théories transhumanistes qui viennent augmenter le potentiel de l'homme."

Devant les critiques adressées au quotidien catholique pour avoir publié le sondage, Guillaume Goubert répond nettement, à propos de la GPA : "Je peux vous assurer que La Croix, dans ce qu'elle publie et dans les positions qu'elle exprime sur le sujet dit très très clairement non il ne faut pas aller dans cette direction, y compris pour des raisons médicales." Et si le sondage en question fait apparaître de tels chiffres, c'est "une chose à laquelle il faut répondre", pour son directeur de la rédaction.

 



 

Bioéthique, attention glissement sémantique

Mère porteuse, maternité de substitution... Dans le cas de la GPA par exemple, les mots ont de l'importance. "Petit à petit s'est imposé ces trois petites lettres miraculeuses : gestation pour autrui", constate, ironique, Sylviane Agacinski. Une expression qui pour elle met de côté la grossesse et l'accouchement et réduit le tout au côté "animal de la gestation". Le terme "pour autrui" laisse entendre, toujours selon la philosophe, qu'il s'agit d'une pratique "forcément altruiste". "C'est un enfantement par autrui", affirme-t-elle au contraire, car "c'est l'utilisation de la femme qui est en cause, et non pas forcément sa générosité qui parfois existe".

"À la faveur de ces glissements sémantiques on voit bien que l'on a des glissement anthropologiques profonds, qui dépassent largement les questions dont on va traiter, rappelle le Dr Galichon, il y a là une remise en cause profonde du statut de notre humanité." Pour Sylviane Agacinski, "on dit tranquillement la GPA est une technique, on oublie complètement que c'est une pratique sociale", avec "l'utilisation de la vie d'une femme pendant neuf mois... et on occulte la troisième personne qui est l'enfant et le statut de l'enfant et sa filiation".

Sur le site internet du Comité consultatif national d'éthique (CCNE), on peut donne son avis. Mais certains regrettent qu'il n'y ait pas de débat proprement dit, ce qui aurait probablement permis de discuter des termes employés et de leurs conséquences sociales. Ce pourquoi Bertrand Galichon regrette qu'il n'y a pas eu de "travail préliminaire sémantique pour bien définir ce dont on parle". Par exemple mot de dignité, utilisé par certains militants de l'euthanasie dans le sens de "décence", peut aussi être défendu au sens "ontologique", et parler ainsi d'une dignité fondamentale de l'être humain. "La première peut être appréciée de façon différente dans le temps et l'espace ; la dignité ontologique est constitutionnelle de notre humanité."

 

Émission réalisée en mars 2018, en partenariat avec La Croix

 

Invités

  • Guillaume Goubert , directeur de la rédaction du quotidien La Croix

  • Sylviane Agacinski , philosophe

  • Dr. Bertrand Galichon , médecin urgentiste, président du Centre catholique des médecins français (CCMF)

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Christophe Henning

Journaliste de presse écrite dans le groupe Bayard, Christophe veut susciter le débat et favoriser la rencontre des témoins. Lecteur infatigable, il partage volontiers ses coups de cœur. Dans les studios parisiens de RCF, il donne la parole aux auteurs, mais aussi aux acteurs de la société et de l’Eglise.