[Dossier] Le transhumanisme, de l'homme réparé à l'homme augmenté

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"Enhancement" ou "santé augmentée". Le terme fascine et inquiète à la fois. Il est synonyme de progrès scientifique dont on peut se réjouir, mais aussi de surpuissance voire d'immortalité. Ce dont on a tout lieu de s'inquiéter. Qu'est-ce que le post-humanisme? Que signifie exactement "santé augmentée"?
Des médecins, des penseurs, des théologiens nous alertent sur les dérives possibles des prouesses scientifiques et les enjeux éthiques du trans-humanisme. Ils disent aussi combien la fragilité de l'être humain est aussi sa richesse.

De la fin de la vie privée au transhumanisme, le monde selon Google

De la fin de la vie privée au transhumanisme, le monde selon Google

Fin de la vie privée, transhumanisme, eugénisme, totalitarisme économique, voitures connectées autonomes, intelligence artificielle... Christine Kerdellant décrit le monde selon Google.

"Aujourd'hui, quand vous faites une recherche sur Google, en 1/120.000è de seconde, votre profil est mis aux enchères: on vend à des annonceurs qui vous êtes, votre adresse, votre âge, votre catégorie socio-professionnelle... tout ce que Google sait sur vous." Et l'annonceur prêt à débourser le plus d'argent remporte ces données vous concernant. Le livre de Christine Kerdellant fait froid dans le dos. Avec "Dans la Google du loup" (éd. Plon) la journaliste tente de "rendre concret" le monde que nous prépare Google. Après avoir écrit ce livre, elle a changé certaines de ses habitudes...
 

"Google sera inclut dans le cerveau des gens. Vous aurez un implant et quand vous penserez à quelque chose, il vous donnera automatiquement la réponse."
Larry Page, confondateur de Google (2004)

 

le monde selon google / George Orwell avait tout compris

Fin de la vie privée, transhumanisme, eugénisme, totalitarisme économique, voitures connectées autonomes, intelligence artificielle et robots... Les chapitres du livre de Christine Kerdellant explorent un à un les domaines que le géant californien a peu à peu investis. L'auteur y injecte des phrases de Georges Orwell (1903-1950), cet écrivain visionnaire connu pour son excellent roman, "1984".

"Imaginez un État qui vous demande de porter en permanence sur vous une boîte qui dirait où vous êtes, avec qui vous parlez, quasiment ce que vous pensez: vous diriez que c'est un État totalitaire." Or, ces données nous concernant, Google les a. Et entretient des liens "très très proches avec la Maison blanche".
 

"Ils ne se rendent absolument pas compte que c'est pas parce qu'on a rien à cacher qu'on a envie de tout dire tout le temps."

 

Humanité sous surveillance

"Si vous faites des choses que vous ne voulez pas que les autres sachent, peut-être devriez-vous simplement ne pas les faire."
Eric Schmidt, PDG de Google (2009)

 

La vie privée et la confidentialité semblent inconcevables dans l'univers Google. Une pression de la transparence vue comme normale. "Ils ne se rendent absolument pas compte que c'est pas parce qu'on a rien à cacher qu'on a envie de tout dire tout le temps." Eric Schmidt disait lui-même, avec un drôle d'humour, qu'à 20 ans les gens devraient être capable de changer d'identité, car Google conserve des traces de tout, y compris des bêtises d'adolescent.
 
"Nous savons où vous êtes, nous savons où vous étiez, nous savons plus ou moins ce que vous pensez."
Eric Schmidt, PDG de Google (2010)

 

ECOUTER ► Redonner sa place au secret, avec Anne Dufourmantelle

coloniser nos vies numériques

Youtube, Picasa, Gmail... Google est partout et cherche à coloniser tous les espaces de la connaissance. Qui n'a pas vu les encarts publicitaires vanter des chaussures après avoir justement acheté des chaussures via internet? Google, qui est une filiale de la société Alphabet depuis août 2015, se veut désormais l’alpha et l’omega de nos vie numériques. Les sommes en jeux sont immenses et les projets engagés défient l’imagination. Christine Kerdellant raconte même que Google a déposé un brevet pour une lentille intra-oculaire. "Vous injectez une sorte de liquide dans l'œil, ça durcit et ça devient  à la fois une petite caméra, un GPS, etc."
 

"Nous voulons que Google soit la troisième moitié de votre cerveau."
Sergueï Brin, confondateur de Google (2010)

 

La tentation de l'homme Dieu 1/2

La tentation de l'homme Dieu 1/2

Dans une société déchristianisée l'homme occidental, grisé par les prouesses techniques, éprouve la tentation de remplacer Dieu. Bertrand Vergely répond à Béatrice Soltner.

Depuis l'avènement du tout-numérique mais aussi grâce à l'explosion des nanotechnologies ou des biotechnologies, l'homme est à un tournant de son histoire. Les prouesses techniques, dans le domaine de l'information, de la médecine, de l'alimention ou encore de la procréation, ont des répercussions directes sur la vie humaine. On parle aujourd'hui d'homme augmenté. Un homme qui deviendrait enfin créateur et maître de sa propre vie. La norme serait désormais l'illimité, mais n'y a-t-il pas une part d'illusion d'orgueil à rêver au sur-homme.

La tentation de l'homme-Dieu pointée dans la Bible et les Evangiles. Au Vè siècle av. J.-C., le philosophe présocratique Protagoras affirmait que "l'homme est la mesure de toute chose." La tentation de L'homme-Dieu est une création de l'humanisme occidental à la fin du XVIè siècle. Elle s'épanouit avec la religion de l'homme aux XIXè et XXè siècles: dans la culture occidentale, l'homme a remplacé Dieu.

"Il n'est pas mauvais de penser que le divin et l'humain sont liés." Dans la tradition chrétienne, en effet, comme le rappelle Bertrand Vergely, Dieu se fait homme afin que homme devienne Dieu. Mais il s'agit là d'une divinité que l'on reçoit et que l'on partage avec Dieu. Non pas d'une divinité que l'on se donne à soi. "C'est une chose de communier avec le divin et une autre que de s’idolâtrer soi-même."

L'homme est intrinsèquement lié à la transcendance, au divin à Dieu, il éprouve un besoin personnel d'avoir une âme et, ontologiquement, d'avoir une vie infinie et éternelle. Pour Bertrand Vergely, l'athéisme a envahi l'Occident. Dans ce monde déchristianisé, l'homme, assoifé de transcendance, se donne à soi une divinité.

Les défis que pose le transhumanisme, par le P. Thierry Magnin

Les défis que pose le transhumanisme, par le P. Thierry Magnin

On sait désormais fabriquer, modifier, copier le génome humain. Mais saura-t-on s'appuyer sur l'anthropologie chrétienne pour aborder cette nouvelle ère du transhumanisme?

L'homme est à un grand tournant de son histoire. La révolution est économique, numérique et technoscientifique: ce que le P. Thierry Magnin explique dans son dernier ouvrage, "Penser l’humain au temps de l’homme augmenté" (éd. Albin Michel). Prêtre et scientifique, le recteur de l'Université catholique de Lyon (UCLy) a derrière lui 26 années d'enseignement et de recherche à l'École des Mines de Saint-Étienne. Son domaine, c'est la physique de la matière. Il travaille sur les nanosciences appliquées aux nanobiotechnologies. "Divisez un mètre par un milliard: aujourd'hui on est capable de travailler à cette échelle-là." Et saura-t-on s'appuyer sur l'anthropologie chrétienne pour aborder cette nouvelle ère?
 

"Augmenter les performances, pour être quoi? Un surhomme?"

 

à la croisée des disciplines

Titulaire d'un doctorat en théologie et spécialiste d'éthique, le Père Thierry Magnin a travaillé au sein d'une unité de soins palliatifs à Saint-Etienne pour traiter des questions de fin de vie, de début de vie aussi et de sciences et technologies appliquées  à la médecine. Sciences, théologie, philosophie... Le degré de complexité est tel que l'approche pluridisciplinaire s'avère précieuse. Quand on parle éthique en effet, on aborde la question - vaste et complexe - du bien commun et de la responsabilité.
 



 

Les NBIC, ou la convergence des technologies nouvelles

Dans les années 2000, les Etats-Unis ont lancé les NBIC: la convergence entre les nanotechnologies, les biothechnologies, les sciences de l'information et les neurosciences. Une convergence qui ouvre le champ des possibles de façon "extraordinaire". On sait désormais fabriquer, modifier, copier le génome humain. On sait augmenter notre capacité auditive ou visuelle, on sait faire marcher un paralytique grâce à des nanopuces implantées dans le cerveau... "Il n 'y a aucun problème à ça si ça se passe dans de bonnes conditions", observe le P. Magnin. Homme réparé, homme augmenté: tout le débat est là. "Augmenter les performances, pour être quoi? Un surhomme?"

 

Émission réalisée en mai 2017

 

Transhumanisme - Faut-il avoir peur de l'avenir?

Transhumanisme - Faut-il avoir peur de l'avenir?

Faut-il accompagner, freiner, s'opposer au mouvement transhumaniste? Éléments de réponse avec Béatrice Jousset-Couturier

Ce n'est plus un mythe, ni un fantasme, le transhumanisme est une réalité quotidienne, notamment dans le domaine médical. Faut-il avoir peur d'un mouvement qui prône l'amélioration de l'espèce humaine? Faut-il accompagner, s'adapter, s'opposer à tous ceux qui croient que désormais, avec la convergence des NBIC*, la mort n'appartient plus qu'au domaine de la mythologie ou de la religion?

Béatrice Jousset-Couturier est l'auteur d'une synthèse des questions que soulève le transhumanisme. Un mouvement apparu en France depuis "une petite année, observe-t-elle, alors qu'il est déjà une réalité depuis les années 50 aux Etats-Unis".

Le transhumanisme est un mouvement qui veut avant tout lutter contre les souffrances, la vieillesse et la mort. Ce que Béatrice Jousset-Couturier résume par "vivre mieux et plus lontemps". Les avancées de la science et surtout du numérique ont ouvert un champ des possibles dont on ne voit plus les limites. Désormais on s'attaque plus à la matière ou à l'environnement mais à l'humain. Et tout cela va de plus en plus vite dans un contexte mondial.

 

*NBIC: Nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives