Edgar Morin: "L'être humain n'est pas qu'un individu"

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Sur le rebord du monde

jeudi 25 août 2016 à 12h30

Durée émission : 25 min

Sur le rebord du monde

© CIRIC / Edgar Morin, le 25 novembre 2005

Pour Edgar Morin il est urgent de considérer l'être humain dans sa globalité: non pas un individu anonyme et isolé, mais un être qui a besoin des autres. Il répond à Béatrice Soltner.

Qu'est-ce que l'humain? Aucune discipline universitaire ne traite spécifiquement de cette question, et pour cause. Cependant, le sociologue Edgar Morin considère comme essentiel d'apprendre à penser global. Dans son ouvrage "Penser global" (éd. Robert Laffont, septembre 2015), il encourage à considérer l'homme dans toute sa complexité. Ce postulat oblige à prendre en compte les besoins de l'être humain, et donc ses fragilités.
 

L'être humain n'est pas qu'un individu

Si l'on considère l'humain dans sa globalité, sa définition est trinitaire: elle réunit à la fois l'individu, la société humaine et l'espèce biologique. "On est à la fois un être social, un être personnel et un être qui fait partie d'un tout qui est l'espèce humaine, laquelle se trouve aujourd'hui confrontée à un destin commun avec la mondialisation et les menaces." C'est pourquoi les préoccupations de chacun devraient être à la fois être personnelles, politiques et écologiques. Pour Edgar Morin, l'individualisme a des caractères positifs, comme "l'autonomie" et "la responsabilité", mais aussi des conséquences négatives comme la "perte du sentiment de solidarité".
 

"Nous avons un besoin de communauté"

Dans notre société, le "besoin de communauté" est sous-développé: "La marche implacable de notre histoire c'est une marche qui détruit." Le sociologue de pointer du doigt "la domination du mode de connaissance par le caclcul", soit l'approche purement économique de l'individu, vu à travers l'unique prisme du calcul, et du profit. Cet "homo economicus" anonyme.
 

"L'humanité est une et mutiple, nous avons tous les mêmes besoins de bonheur et les mêmes capacités de souffrance...
Etre humain c'est reconnaître l'autre dans sa semblance à soi et dans sa différence.
"

 

Habiter poétiquement la terre

Face à tout-puissance d'une économie menaçante parce que déréglée, à la menace du fanatisme religieux, au développement de l'arme nucléaire, Edgar Morin oppose les besoins propore à la nature humaine tels que la solidarité, la reconnaissance personnelle, la convivialité. "J'espère que ces besoins pourront s'ils prennent forme, arriver à modifier le cours des choses", exprime le philosophe. Ce qu'il résume par "la qualité poétique de la vie" - c'est-à-dire "émerveillement, communion, admiration, reliance entre les êtres" - et qu'il opppose à "la partie prosaïque de la vie", ce que nous n'aimons pas faire mais que nous devons faire pour gagner de l'argent. "La qualité poétique de la vie est inséparable de l'épanouissement personnel au sein d'une communauté... Un jeu difficile et délicat que tout être humain devrait tenter de mener."

Le sociologue et philosophe Edgar Morin, né en 1921, s'est beaucoup engagé en faveur d'une vraie conscience écologiste. Il considère la dernière encyclique du pape François, Laudato Si', comme l'un des documents les plus pertinents sur la crise écologique actuelle.

 

Emission enregistrée en septembre 2015.

Invités

  • Edgar Morin , sociologue, philosophe

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L'émission

Tous les lundis à 13h30

Le monde vit des transformations majeures qui touchent tous les secteurs de la vie de l’homme: travail, éducation, écologie, religions, médias, économie…Béatrice Soltner et son invité donnent des clés pour mieux penser ce monde mouvant et les défis d’humanisation à relever. Cette émission propose aussi des repères concrets pour construire du sens, là où l’homme serait tenté de ne voir que du chaos.

Le présentateur

Béatrice Soltner

Formée aux arts plastiques et à l'histoire de l'art Béatrice rejoint RCF en 1994. Elle aime faire émerger la parole et l'offrir en partage. La vie intérieure est son domaine de prédilection. Passionnée par la spiritualité et la psychologie, elle s'intéresse aussi au dialogue entre les églises chrétiennes.