Intensifier et accélérer sa vie, jusqu'où ?

Présentée par Béatrice Soltner

S'abonner à l'émission

Sur le rebord du monde

jeudi 31 août à 12h30

Durée émission : 25 min

Intensifier et accélérer sa vie, jusqu'où ?

© C.Hélie/Gallimard - La philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury

Nos rythmes s'accélèrent toujours plus, au travail, en famille, en vacances.
Et si cette intensification, au lieu de nous rendre vivant, nous éloignait de notre centre vital et créatif ?

Travail, loisirs, voyages... Dans une sorte de boulimie généralisée qui touche tous les âges, on cherche sans cesse à gagner du temps. Un temps que l'on emplit d'expériences grisantes. Au XXIè siècle, nous voici sollicités en permanence, joignables à toute heure, capables de courir d’un point à un autre à des vitesses vertigineuses. Ce phénomène d'accélération, Cynthia Fleury en est témoin. Elle qui reçoit en consultation des patients qui viennent "récupérer du temps". Elle a publié en décembre 2016 "Les irremplaçables" (éd. Gallimard). "C'est une des raisons pour lesquelles les gens viennent en analyse, ils estiment ne plus arriver à vivre ce qu'ils sont en train de vivre."
 

"Il faut du temps, il faut de la digestion, il faut des étapes."

 

Un événement en chasse un autre

Comment les sujets que nous sommes ne seraient-ils pas touchés par cet emballement du temps, qui prend des proportions folles? Comment ne sommes-nous pas étouffés par l'idée de toujours perdre ou gagner du temps? Cynthia Fleury en constate les effets: beaucoup de ses patients ont le sentiment d'être "automates d'eux-mêmes, de leur vie, de leur expérience".

Or il faut du temps. Du temps pour rien, pour penser le temps et pour constater qu'en réalité il ne se gagne ni ne se perd. "Il faut du temps, il faut de la digestion, il faut des étapes, mais surtout il faut la conscientisation de ces étapes", affirme la psychanalyste.
 

Dé-bordés et hors de soi

Il faut du temps aussi pour être soi. Quand on a le sentiment d'être "débordé" - le mot est signifiant pour la psychanalyste - c'est que nous souffrons de ne plus avoir cette "enveloppe", cette "frontière". Cynthia Fleury parle de "principe de solitude", il s'agit de "sentir que c'est soi et non lui". De réintégrer sa propre vie et "récupérer du sujet".
 

"Nous n'avons créé que très peu d'alternatives à ce grand système capitalistique."

 

chosification du sujet

C'est partout, dans toutes les sphères de la vie, que l'on retrouve une normalisation, une quantification, une rentabilité, des résultats à obtenir. "Nous sommes dans un monde d'hyper-productivité, de marchandisation, analyse Cynthia Fleury, ce que les philosophes appellent rationalité instrumentale". Tout, même la raison est au service de la productivité. Et la psychanalyste de déplorer que "nous n'avons créé que très peu d'alternatives à ce grand système capitalistique". Certains certes sont prêts à se mettre en retrait. Quitte à en payer le prix.

 

Invités

  • Cynthia Fleury , philosophe, psychanalyste, Associate Professor à l'American University of Paris, titulaire de la Chaire de philosophie à l'Hôpital Hôtel-Dieu (Paris)

Sur le même thème :

Les dernières émissions

L'émission

Tous les lundis à 13h30

Le monde vit des transformations majeures qui touchent tous les secteurs de la vie de l’homme: travail, éducation, écologie, religions, médias, économie…Béatrice Soltner et son invité donnent des clés pour mieux penser ce monde mouvant et les défis d’humanisation à relever. Cette émission propose aussi des repères concrets pour construire du sens, là où l’homme serait tenté de ne voir que du chaos.

Le présentateur

Béatrice Soltner

Formée aux arts plastiques et à l'histoire de l'art Béatrice rejoint RCF en 1994. Elle aime faire émerger la parole et l'offrir en partage. La vie intérieure est son domaine de prédilection. Passionnée par la spiritualité et la psychologie, elle s'intéresse aussi au dialogue entre les églises chrétiennes.