La parole serait-elle en danger?

Présentée par UAA-53266

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Repères

mercredi 24 juin à 10h00

Durée émission : 25 min

La parole serait-elle en danger?

© Johannes Krupinski on Unsplash

Si on ne manque de rien, a-t-on encore besoin de parler? Dans notre société de consommation, "de saturation", dit le psychanalyste, la parole serait en danger. Or, elle nous humanise...

Si l'explosion des nouvelles technologies modifie notre rapport au temps, à l'espace, il semble aussi qu'elle change nos manières de penser et de parler. Alors que le langage de l'info et de la pub règne en maître, à l'heure où tout doit être rentabilisé, évalué, contrôlé, que devient la parole ? Cette parole qui fait de nous des sujets pensants, cette parole qui nous humanise... Cette question est au cœur du livre du psychanalyste Claude Allione, "La haine de la parole" (éd. Les liens qui libèrent).

 

La haine de la parole

Depuis de nombreuses années, Claude Allione accompagne ceux qui soignent par la parole, notamment les professionnels du secteur médico-social, dont l'outil principal est la parole. "Je me suis aperçu, chemin faisant, que petit à petit des gens me disaient à quoi ça sert de se parler ?" Un questionnement qui l'a vivement interpellé : qu'est-ce qui fait que la parole, particulièrement valorisée jusque dans les années 80, n'a plus le même statut aujourd'hui, n'a plus la même place ?

Le psychanalyste identifie un "moment de bascule" antérieur aux années 80, puisqu'il se "concrétise autour du nazisme, d'Auschwitz". "Pour les nazis prendre le pouvoir ça a d'abord été prendre la parole et la modifier, la triturer, la torturer." Une façon volontaire de "pervertir" les mots de tous les jours. Depuis, les choses se sont "considérablement accélérées" à partir des années 90 et 2000.

 

pourquoi la parole est en danger

Claude Allione établit un lien entre la parole pervertie ou en tout cas négligée et la société de consommation. "Si la parole repose sur le manque, la consommation, l'hyper-capitalisme, le néolibéralisme repose sur le déni du manque, la saturation." Or, nous dit le psychanalyste, "on a quitté la société de consommation pour passer dans la société de saturation". Par conséquent, il y a dans une société comme la nôtre qui nie le manque, un "déni de la parole".

 

la parole nous humanise

Françoise Dolto parlait de la fonction humanisante de la parole. Si l'on prend l'exemple du nourrisson, celui-ci traduit son manque et son malaise par des cris. "Il crie sa détresse : sa détresse fait venir l'autre et cet autre traduit cette détresse en mots et en actes." Dès lors, le nourrison est "tributaire des mots".

Tout part de cette situation de manque à être pour exister : "Je ne dis une chose que parce qu'elle me manque, parce que je ne l'ai pas sous la main", comme l'explique Claude Allione. "Ce qui va traduire ce passage de la détresse à la satisfaction, à la paix, à la tranquillité, est de l'ordre de cette chose humaine qui est la parole."

 

Émission d'archive diffusée en 2014

 

Invités

  • Claude Allione, psychanalyste

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L'émission

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Béatrice Soltner propose des jalons pour accompagner les hommes et les femmes qui cherchent à développer des relations harmonieuses avec leur entourage.

Le présentateur

Béatrice Soltner

Formée aux arts plastiques et à l'histoire de l'art Béatrice rejoint RCF en 1994. Elle aime faire émerger la parole et l'offrir en partage. La vie intérieure est son domaine de prédilection. Passionnée par la spiritualité et la psychologie, elle s'intéresse aussi au dialogue entre les églises chrétiennes.