L'intense vie de Simone Weil, philosophe et mystique

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Dialogue

vendredi 8 décembre à 16h00

Durée émission : 25 min

L'intense vie de Simone Weil, philosophe et mystique

© wikimédia commons - Ce qui est frappant chez Simone Weil, c'est une grande cohérence entre sa vie et son œuvre

Simone Weil était habitée par une incessante quête de vérité. Sa pensée philosophique et politique est celle du décentrement de soi et de l'attention à l'autre, au tout autre.

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Figure hors-norme, Simone Weil (1909-1943) a mené une vie courte, ardente, vibrante, extraordinaire. Jeune femme de la moyenne bourgeoisie très cultivée, issue d'un milieu laïc, libre penseur tendance centre gauche, elle est l'auteure d'une pensée philosophique et politique attentive à l'autre, tournée vers la mystique et, tout autant, vers le concret de l'engagement. Pascal David est de ceux qui l'étudient avec passion. Il a notamment accompagné la publication de textes de Simone Weil : "Désarroi de notre temps et autres fragments sur la guerre" en 2016 et "Luttons-nous pour la justice ? Manuel d'action politique" l'année suivante (éd. Peuple Libre).
 

Pour Simone Weil, c'est en descendant au plus bas de la hiérarchie sociale, "en supportant tout le poids de l'oppression, que l'on peut comprendre quelque chose à ce que c'est que la société, pour ensuite la repenser et la réformer"

 

Simone Weil, L'engagement au service des plus pauvres

Ce qui est frappant chez Simone Weil, c'est une grande cohérence entre sa vie et son œuvre. Chez elle, pas de rupture entre sa pensée philosophique de très haut niveau et ses choix de vie. L'action et la réflexion, comme une intégrité. À l'École normale supérieure, où elle est entrée à 19 ans, elle faisait signer des pétitions à ses camarades, en faveur du service des plus pauvres.

Plus tard, quand elle sera professeur de philosophie au lycée, elle dira à ses élèves : "L'homme est ainsi fait que celui qui écrase ne sent rien, que c'est celui qui est écrasé qui sent. Tant que l'on ne s'est pas mis du côté des opprimés pour sentir avec eux, on ne peut pas se rendre compte." Avec moquerie, le directeur de l'ENS l'avait surnommée "la Vierge rouge" pour rire de sa naïveté et de son engagement au service des pauvres.

 



 

Renoncer à soi, être en contact avec le réel

Sa pensée touche à l'esthétique, à la métaphysique, à la philosophie politique, à l'épistémologie, et à l'engagement. Simone Weil a elle-même travaillé à l'usine : dans l'idée de se confronter au réel. Chez elle, "faire attention" est à la fois un concept philosophique - central dans son œuvre. Et aussi une façon très concrète d'entrer en contact avec le monde. D'aller à contre-courant de ce penchant naturel de l'être humain de se mettre lui-même au centre du monde.

Avec Simone Weil, on suit le "chemin philosophique" qu'il y a à faire "pour sortir de soi, renoncer à soi et à son point de vue et entrer en contact avec le réel", comme le dit Pascal David. La pensée de la philosophe est profondément incarnée, "elle fait l'épreuve de ce qu'elle pense et sa pensée se poursuit tant qu'elle fait l'expérience de ce qu'elle pense".

 



 

"Faire attention", un mouvement vers l'autre...

"Faire attention", c'est aussi avec Simone Weil, un exercice. "La prière, par exemple, ce n'est pas une excitation sensible, prier c'est porter sur Dieu toute son attention en attendant que quelque chose se donne." Simone Weil a été très fortement marquée par la pensée d'Alain, son professeur de philosophie à Henri-IV. Mais elle a fini par prendre ses distances avec une philosophie de l'affirmation de l'être pensant.

Car il y a chez la jeune femme l'idée que l'on ne prend pas le réel, que celui-ce se donne. "Il y a une forme de désappropriation de soi qui est centrale, explique Pascal David, une éthique qui consiste moins à ne pas faire qu'à renoncer à faire, à s'agiter, à exercer une mainmise sur les autres."
 

... Et vers Dieu

Simone Weil, née dans une famille d'origine juive, était "spontanément agnostique". Mais elle dira : "La vie n'a pas eu d'autre sens que l'attente de la vérité." Lors d'un séjour à l'abbaye de Solesmes, lors de la Semaine sainte 1938, elle a fait l'expérience "de la réalité du surnaturel", d'après Pascal David. "L'expérience du bien au-delà du monde, au-delà des rapports de force qui gouvernent notre société, de l'amour de Dieu à travers le malheur." Plus tard elle dira : "Le Christ lui-même est descendu et m'a prise."

Descendre. Simone Weil a dit d'Alain qu'il n'avait pas compris le malheur et le fait que l'homme puisse être écrasé par le malheur. Pour elle c'est en descendant au plus bas de la hiérarchie sociale, "en supportant tout le poids de la société qui écrase, le poids de l'oppression, que l'on peut comprendre quelque chose à ce que c'est que la société, pour ensuite la repenser et la réformer", pour Pascal David.

 

Invités

  • Fr. Pascal David , dominicain, philosophe, écrivain, enseignant à la Faculté de philosophie de l’Université catholique de Lyon (UCLy)

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Mieux comprendre le monde, dans lequel nous sommes invités à vivre en chrétiens, grâce aux travaux des historiens, des sociologues et des artistes ainsi qu’à travers la réflexion philosophique. C'est ce que vous proposent Marie-Françoise Tinel et Monserrata Vidal.  

Le présentateur

Monserrata Vidal

Professeure agrégée de Lettres, Monserrata a longtemps œuvré auprès de lycéens qui  croyaient parfois la culture ennuyeuse. Aujourd’hui sur RCF, elle partage avec les auditeurs histoire, sciences humaines, spiritualité, littérature, dans un questionnement avec les auteurs et les œuvres, de manière sérieuse, mais aussi joyeuse.