Migrants: dépasser la peur de l'autre

Présentée par

S'abonner à l'émission

Sur le rebord du monde

vendredi 26 août 2016 à 12h30

Durée émission : 25 min

Migrants: dépasser la peur de l'autre

© Frédéric Boyer © Hélène Bamberger/P.O.L

En ce temps de crise migratoire, Frédéric Boyer invite à considérer le migrant comme celui "qui doit solliciter notre conscience". Béatrice Soltner reçoit Frédéric Boyer.

En septembre 2015, la photo d'Aylan, un enfant mort échoué sur le sable d’une plage de Méditerranée, avait réveillé pour un temps l’opinion publique, tout à coup sensible au sort des migrants. Pourtant cela faisait déjà des mois que des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants tentaient par tous les moyens de rejoindre l’Europe, dans l’indifférence quasi générale.

Face à la crise migratoire les discours identitaires fleurissent et cette peur de l’autre insidieuse se diffuse dans nos démocraties. En ces temps incertains l’écrivain Frédéric Boyer signe "Quelle est cette terreur en nous qui ne veut pas finir" (éd. P.O.L.), un essai où il pointe du doigt cette peur de l'autre et les fantasmes qu'elle nourrit.
 

"Je veux défendre une position éthique et morale."

Son livre, Frédéric Boyer l'a écrit en avril 2015. Déjà, des gens mourraient en embarquant sur des bateaux de fortune en Méditerranée. Au-delà des soubresauts médiatiques des pays occidentaux, il y a une façon constante d'observer ce phénomène, débarrassée du registre sentimental. Une position que Simone Weil défendait en 1943. Selon elle, les migrants qui fuyaient la guerre étaient "l'avant-garde de la condition humaine", explique Frédéric Boyer. Le migrant, "c'est lui qui doit solliciter notre conscience."

"Devant cette crise migratoire, il faut se poser la question de savoir ce que l'on fait, de la façon la plus digne possible."

 

La peur face à l'autre

Profondément humain, ce sentiment de peur devant l'autre. Dans "Dialogues des carmélites", publié de façon posthume en 1949, Georges Bernanos évoquait la "peur de la peur", exprime Frédéric boyer. "Il faut vire avec nos peurs, les apprivoiser." Sans angélisme, l'écrivain invite à questionner cette "apparition de l'autre qui nous surprend, qui peut nous destabiliser ou nous effrayer".
 

le sage Accepte l'inquiétude

"La dimension éthique de la réflexion humaine c'est d'accepter l'inquiétude." Le propos de Frédéric Boyer est de susciter chez son lecteur une prise de conscience. Se reconnaître apeuré n'est pas nécessairement confortabe mais c'est le début d'une réflexion éthique, loin des fantasmes qu'entretiennent certaines formules.

Qui n'a jamais entendu le leitmotiv "La France ne peut accueillir toute la misère du monde"? Une phrase "dangereuse", pour l'invité de Béatrice Soltner, car elle joue sur une "réalité fantasmatique". La dimension excessive des termes "toute" et "monde" n'a d'autre effet que d'alimenter peur et fantasme.

 

Emission enregistrée en septembre 2015.

Invités

  • Frédéric Boyer , écrivain

Les dernières émissions

L'émission

Tous les lundis à 13h30

Le monde vit des transformations majeures qui touchent tous les secteurs de la vie de l’homme: travail, éducation, écologie, religions, médias, économie…Béatrice Soltner et son invité donnent des clés pour mieux penser ce monde mouvant et les défis d’humanisation à relever. Cette émission propose aussi des repères concrets pour construire du sens, là où l’homme serait tenté de ne voir que du chaos.

Le présentateur

Béatrice Soltner

Formée aux arts plastiques et à l'histoire de l'art Béatrice rejoint RCF en 1994. Elle aime faire émerger la parole et l'offrir en partage. La vie intérieure est son domaine de prédilection. Passionnée par la spiritualité et la psychologie, elle s'intéresse aussi au dialogue entre les églises chrétiennes.