Quand un philosophe démontre la fécondité du message chrétien

Présentée par UAC-36983

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Dialogue

mardi 9 juin à 13h30

Durée émission : 25 min

Quand un philosophe démontre la fécondité du message chrétien

© Wikimédia Commons / CHUN-YI CHANG - François Jullien en 2014

Quand un philosophe d'envergure comme François Jullien s'empare d'un tel sujet, cela mérite qu'on s'y arrête! Son raisonnement puissant et rigoureux montre la fécondité du message chrétien.

En mars 2018, les éditions de L'Herne ont consacré un de leurs fameux Cahiers à François Jullien, le philosophe français le plus traduit dans le monde. Elles ont aussi publié l'une de ses conférences, données dans le cadre de ses Cours méthodique et populaire de philosophie à Fondation Maison des sciences de l’homme (FMSH). "Ressources du christianisme" est un ouvrage dense, qui propose une philosophie du christianisme vue comme une philosophie de l'existence. Le philosophe puise pour cela dans l'Évangile de Jean
 

pourquoi L'évangile de Jean ?

François Jullien a choisi d'étudier le christianisme "sans y entrer par la foi" à partir des textes de l'évangéliste Jean. "Jean ne parle pas de conversion, explique-t-il, il n'est pas dans le thème de l'homme nouveau face à l'homme d'avant, ancien, que la venue du Christ aurait périmée". Pour le philosophe, "tout son texte est tendu par une même aspiration à faire décoïncider du sens banal... le plus immédiat, pour passer à un autre non sens, qui n'est pas le sens abstrait des Grecs - la philosophie - mais un sens qu'on dirait spirituel, un sens exporant ce que la vie a de vivant, et non pas sous une forme seulement émotionnelle ou abstraite".

 

les ressources de la langue grecque

Parler de "ressources" c'est faire appel à quelque chose qui n'a pas de fin sans fin, précise le philosophe, "à la différence de richesse par exemple". Et pour l'helleniste qu'est François Jullien, la "première ressource" est "la langue grecque", celle dans laquelle les Évangiles ont été écrits, surtout celui de Jean. 

"Dans le texte de Jean, les ressources sont d'abord dans la langue : une façon de dire le mot vie, de nommer l'événement." Ainsi, dans "Ressources du christianisme", le philosophe traduit et commente ce versets de l'Évangile de Jean : "Qui aime sa vie la perd et qui hait sa vie en ce monde la conservera en sa vie éternelle." (Jn 12, 25) François Jullien fait apparaître qu'il existe deux mots grecs différents derrière celui de "vie" : le texte original utilise "psukhê" quand il s'agit de "haïr" ou "d'aimer" sa vie, et "zôè" a été traduit par "vie éternelle".

 

passer DU VITAL AU VIVANT

"Psukhê" et "zôè" ont tous deux été traduits par le même mot, "vie". Or, pour François Jullien, le risque d'une telle traduction est de "perdre le sens de ce verset, ou "de le rendre incompréhensible". En effet, là où "psukhê" désigne "le fait d'être en vie, le vital" et "zôè" évoque "le fait d'être effectivement vivant".

"Je crois que ce jeu, cet écart entre psukhê et zôè, est essentiel parce que tout l'Évangile de Jean semble justement se déployer dans cet écart-là : comment passer d'une vie d'adhérence, de coïncidence au vital - aimer sa vie, et qui est une vie pauvre et disons, n'ouvrant sur rien - à une vie surabondamment vivante, qu'on appelle la vie éternelle ?" Passer du vital au vivant, c'est ouvrir "une trajectoire". Et puisqu'il est souvent question d'écart dans la pensée de François Jullien, on pourrait dire qu'exister c'est s'écarter, "se tenir hors de l'adhérence au vital".

 

Émission d'archive diffusée en mars 2018

 

Invités

  • François Jullien, philosophe, helléniste, sinologue, professeur des universités

  • Pascal David, dominicain, philosophe, enseignant à la Faculté de philosophie de l'Université catholique de Lyon (UCLy)

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Le lundi à 22h et le samedi à 15h

Mieux comprendre le monde, dans lequel nous sommes invités à vivre en chrétiens, grâce aux travaux des historiens, des sociologues et des artistes ainsi qu’à travers la réflexion philosophique. C'est ce que vous proposent Monserrata Vidal et Sarah Brunel.  

Le présentateur

Monserrata Vidal

Professeure agrégée de Lettres, Monserrata a longtemps œuvré auprès de lycéens qui  croyaient parfois la culture ennuyeuse. Aujourd’hui sur RCF, elle partage avec les auditeurs histoire, sciences humaines, spiritualité, littérature, dans un questionnement avec les auteurs et les œuvres, de manière sérieuse, mais aussi joyeuse.