Robert Redeker: "La mort est le berceau de notre humanité"

Présentée par Béatrice Soltner

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Sur le rebord du monde

lundi 30 octobre à 13h30

Durée émission : 25 min

Robert Redeker: "La mort est le berceau de notre humanité"

© Robert Redeker, philosophe: "La mort a disparu de notre imaginaire quotidien"

Chaque année au jour des défunts on honore la mémoire des morts, dans une société qui souffre pourtant d'un déni de la mort. Or nier la mort c'est nier notre humanité, pour Robert Redeker.

Que faisons-nous de nos morts? De la mort? À l'ère du fitness, du botox et du bien-être, "beaucoup de personnes de 50 ans n'ont jamais vu un cadavre de leur vie", observe Robert Redeker. Il y a là pour lui "une révolution anthropologique". L'homme contemporain serait réduit à l'état de "moi-corps" dans un déni de la perte ultime, la sienne et celle des autres. Or la mort est le "berceau de l'humanité", nous dit le philosophe. Dans son essai "L'éclipse de la mort", Robert Redeker nous aide à penser ce déni de la mort.
 

Dans notre société "hygiénisée, javélisée" la chair qui est adulée durant la vie devient insupportable quand il s'agit de celle du défunt

 

La mort, le "berceau de l'humanité"

L'homme sait qu'il est mortel, c'est même autour de ça que se sont contruites les civilisations. "S'il n'y avait pas eu de refus, et de négociation en même temps, avec la mort, il n'y aurait pas eu d'humanité", rappelle Robert Redeker.

Dans notre société actuelle, ce refus "n'est pas négociation". Le philosophe vise notamment le courant transhumaniste qui prône une "super longévité". Il est l'auteur, en 2010, de "Egobody - La fabrique de l'homme nouveau" où il observe l'existence de l'homme contemporain réduit à un moi-corps. C'est-à-dire qui "imagine que son moi c'est son corps", ce qui revient à nier son humanité "puisque c'est la mort qui est le berceau de l'humanité, ce qui nous distingue des bêtes".

 



 

déni de la mort, déni d'humanité

Souvent, on préfère dire "il est parti" au lieu de dire "il est mort". Peut-être par peur de se montrer trop brutal. Robert Redeker voit dans cette "substitution à l'intérieur du langage" le signe d'une peur, d'un désarroi. "Parce que la mort a disparu de notre imaginaire quotidien". Et pourtant sur les écrans, au cinéma, dans les séries, les jeux vidéo, on ne cesse de la voir. Quand elle fait irruption dans le réel on s'empresse de la mettre en scène, de la scénariser, par exemple les actes terroristes et leur traitement par les chaînes d'information en continu.

 



 

La mort dans notre société du spectacle

Si la mort est politiquement incorrecte, le cadavre est esthétiquement incorrect. Botox, compléments alimentaires... Dans notre société "hygiénisée, javélisée" la chair qui est adulée durant la vie devient insupportable quand il s'agit de celle du défunt.

 

Invités

  • Robert Redeker , philosophe

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L'émission

Tous les lundis à 13h30

Le monde vit des transformations majeures qui touchent tous les secteurs de la vie de l’homme: travail, éducation, écologie, religions, médias, économie…Béatrice Soltner et son invité donnent des clés pour mieux penser ce monde mouvant et les défis d’humanisation à relever. Cette émission propose aussi des repères concrets pour construire du sens, là où l’homme serait tenté de ne voir que du chaos.

Le présentateur

Béatrice Soltner

Formée aux arts plastiques et à l'histoire de l'art Béatrice rejoint RCF en 1994. Elle aime faire émerger la parole et l'offrir en partage. La vie intérieure est son domaine de prédilection. Passionnée par la spiritualité et la psychologie, elle s'intéresse aussi au dialogue entre les églises chrétiennes.