Sexualité: sortir du permis / défendu

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Dialogue

samedi 30 juillet 2016 à 9h30

Durée émission : 25 min

Dialogue

© Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC

En matière de sexualité l’Église catholique est souvent critiquée pour sa morale juridique. Invité de Marie-Françoise Tinel, le p. Maurice Bellet redit la vision chrétienne de l'amour.

On considère assez largement aujourd'hui que la sexualité relève de la sphère privée. Si pendant des siècles, l'Eglise catholique a cherché à encadrer la sexualité selon des catégories du permis et du défendu, si l'obesssion de la pureté a nourri des soupçons contre la sexualité, les temps ont changé. On reconnaît difficilement à une institution, fût-elle l'Eglise, le droit de décider d'en-haut ce qui est bon ou mauvais dans ce vécu. Théologien, psychanalyste et philosophe, le père Maurice Bellet invite à sortir de l'impasse d'une morale juridique, si éloignée de l'Evangile.

"Il peut y avoir au nom de la morale, de la pureté, un déni de l'expérience qui fait des ravages redoutables quant à la foi religieuse et à l'obéissance à l'Eglise." Pour le p. Maurice Bellet, le risque d'une morale juridique est d'entraîner une culpabilité, une culpabilisation - ce qui est sans doute l'un des reproches les plus fréquents adressés à l'Eglise. La sexualité apparaît en effet dès lors comme un risque de manquements. Et du risque de faute on en arrive facilement à considérer la sexualité comme un malheur.

"Ce qui est premier pour les chrétiens est une certaine qualité d'amour."

Quelle est la vision chrétienne contemporaine de la sexualité? "Ce qui est premier pour les chrétiens - absolument premier - c'est ce que le grec appelle agapé, difficile à traduire, mais qui est une certaine qualité d'amour qui est au principe de tout et qui résume tout." Pour Maurice Bellet la vie chrétienne est de se laisser "guidé, inspiré, guéri" dans sa condition humaine - spirituelle, charnelle - par une source aimante. Ainsi donc, il s'agit de lier l'expérience humaine à la source divine de tout amour.

"S'il y a un domaine où la fragilité du Je peut appararaître, c'est la sexualité." Maurice Bellet fait aussi une critique à l'encontre de la morale laïque, uniquement centrée sur un Je idéal et qui n'est pas un le produit de la morale chrétienne. "Je pense donc je suis". Le risque d'une telle morale est de n'être pas branchée sur l'expérience. Tant la part considérable d'inconscience est fondamentale dans la sexualité: "Une inconscience qui fait que ce que l'on vit, on ne sait pas qu'on le vit." D'un point de vue moral on pense pouvoir régler tous les problèmes de la sexualité en la soumettant à la volonté. Et si cette morale parlait d'un sujet qui n'existe pas?

"Le corps humain n'est pas une chose, c'est une présence qui se fait parole jusque dans les attitudes du corps. Les gestes et les façons de se tenir sont une parole: des mots d'amour ou des gestes d'abstention veulent dire quelque chose - quelque chose de vivant, qui donne le bonheur ou qui détruit", nous dit Maurice Bellet.

Invités

  • P. Maurice Bellet , prêtre, philosophe et psychanalyste

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Mieux comprendre le monde, dans lequel nous sommes invités à vivre en chrétiens, grâce aux travaux des historiens, des sociologues et des artistes ainsi qu’à travers la réflexion philosophique. C'est ce que vous proposent Monserrata Vidal et Sarah Brunel.  

Le présentateur

Marie-Françoise Tinel

Marie-Françoise est bénévole au service de l'émission  Dialogue   depuis 2000. Après avoir été professeur de philosophie dans l'enseignement public, c’est pour elle « une façon passionnante de continuer à être « passeur » des travaux des chercheurs, au carrefour du culturel et du religieux ».