Un autre monde est possible

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Le Temps de le dire

lundi 29 août 2016 à 9h03

Durée émission : 55 min

Un autre monde est possible

© De g. à dr.: Marion Muller-Colard, Abdennour Bidar, Guy Aurenche

Pour cette première de l'année, Stéphanie Gallet reçoit Guy Aurenche, Abdennour Bidar et Marion Muller-Colard. Des convaincus qu'un monde meilleur est possible. Mieux, ils en sont témoins.

La rentrée est l'occasion de formuler des vœux. Cette émission a été pensée avant l’attentat de Nice et le drame de Saint-Étienne-du-Rouvray. Malgré l’horreur de ces crimes abjects - ou plutôt à cause de ces actes monstrueux - il nous semble plus urgent que jamais de penser et d’agir pour un monde meilleur. Certains nous traiterons d’idéalistes et de doux rêveurs, mais ils se trompent car quelque chose est en marche. Pour cette première du Temps de le Dire, Stéphanie Gallet et ses invités clament haut et fort lqu'un autre monde et possible. Mieux, qu'il est en marche.
 

VŒu n°1 : croire qu'un autre monde est possible

Certes il y aura toujours des pessimistes, des cyniques, pour ne voir que l'absurdité du monde - "Ma génération est une génération cynique", observe Marion Muller-Colard, auteur du "Complexe d'Elie" (éd. Labor et Fides). Mais on peut aussi choisir de voir le monde comme un monde de possibles. Ce que Guy Aurenche dit avoir appris auprès de l'ACAT où il a été longuemment engagé, ce n'est pas seulement "l'horreur de la souffrance mais la capacité que l'on a, au coeur de la souffrance, de dire que la vie est possible."
 

"C'est aujourd'hui qu'un autre monde est possible, car il se construit."
Guy Aurenche

 

Dans son dernier ouvrage, Abdennour Bidar établit un diagnostic alarmant sur les maux de notre société. Rupture avec la nature - il parle de ces animaux que l'on "génocide" à grande échelle, d'un lien à "notre mère nature" devenu "catastrophique", et surtout, il dit combien "on ne sait plus nous en émerveiller" - déchirure du lien social mais aussi rupture du lien à soi. Que l'on peut aussi appeler le "lien spirituel", "dans des sociétés qui nous condamnent presque à une vie uniquement matérialiste et si uniquement individualiste." Son constat est sans appel, et pourant.
 


©Agence Anne&Arnaud - Abdennour Bidar, auteur des "Tisserands"

 

"Nous sommes très nombreux aujourd'hui à chercher une autre façon de vivre avec la nature, avec les autres et avec soi."
Abdennour Bidar

 

Le titre qu'il donne à son ouvrage "Les Tisserands" (éd. Les Liens qui Libèrent) est bien un hommage aux hommes aux femmes qui "retissent les liens déchirés". Idéaliste, Abdennour Bidar? "Je serais un idéaliste si j'étais tout seul." Ce spécialiste de l'islam en est convaincu: "Nous sommes très nombreux aujourd'hui à chercher dans nos comportements, dans la façon dont nous conduisons nos existences, une autre façon de vivre avec la nature, avec les autres et avec soi." Il parle de "révolution silencieuse" à laquelle on aurait d'ailleurs tort de ne pas accorder d'attention. Rien de moins qu'un "projet de civilisation" dont il est question, d'une recréation de ces "liens qui libèrent". Un autre monde déjà en marche.
 

VŒu n°2 : le VŒU d'inconfort

"Le péché des péchés est le repli sur soi, disait Luther." Quand elle cite Luther et formule un "vœu d'inconfort", Marion Muller-Colard exprime cette nécessité qu'a l'être humain de s'extraire de lui-même pour rencontrer l'autre. Il y a quelque chose de confortable à rester chez soi, à ne fréquenter que ceux que l'on connaît. La théologienne qui dit faire partie de cette "catégorie privilégiée" des personnes ayant la possibilité de tourner le dos à "la question du collectif", fait ce "voeu d'inconfort" au nom de son héritage chrétien, de ce que l'Evangile lui souffle.
 


©Marion Muller-Colard, théologienne et écrivain

 

"On fabrique de l'individu qui n'a peut-être pas cette possibilité d'ouverture à l'autre."
Marion Muller-Colard

 

"Devenir sujet pour ne pas être condamné à une individualité." Voilà un point tout à fait crucial pour Abdennour Bidar: la connaissance de soi. N'être pas un individu prédictible et soumis aux normes d'une société matérialiste, mais un sujet libre et agissant. Or, "dans notre monde, que reste-t-il comme temps pour se retrouver soi-même?" Le philosophe plaide pour "le temps de la connaissance de soi". Un travail difficile, "étant donné la puissance tout à fait affreuse de la contrainte d'un système".

 

VŒu n°3 : répondre à l'appel

"Il n'y a pas de fatalité du bien, l'optimisme a toujours été une responsabilité active." Derrière cette formule d'Abdennour Bidar, le vœu d'une vigilance commune et partagée. D'où l'importance cruciale de répondre aux appels de ceux qui invitent à s'engager. Alors qu'il est en train de passer les rênes du CCFD-Terre solidaire à Sylvie Bukhari-de Pontual, Guy Aurenche se demande s'il ne devrait pas être désormais "un appelant". Lui qui s'est laissé surprendre par l'appel à s'engager à l'ACAT, formule le souhait que chacun puisse "entendre tous les forces des appels".
 


©Guillaume POLI/CIRIC - Guy Aurenche passera bientôt les rênes du CCFD-Terre Solidaire

 

"L'appel c'est la confiance"
Guy Aurenche

 

L'appel, un thème éminement spirituel. Plus important encore que la façon dont répond, l'essentiel est de l'entendre. Sa vie d'engagement, Guy Aurenche, la résume par l'humilité contenue dans cette formule: "Etre aux côtés de ceux qui n'acceptent pas l'inacceptable." Pour Marion Muller-Colard, d'un point de vue proprement spirituel, l'essentiel en quelque sorte c'est de participer.

 

Invités

  • Guy Aurenche , militant des droits de l'homme, avocat, ancien président de la FIACAT, président du CCFD-Terre solidaire

  • Abdennour Bidar , docteur en philosophie, spécialiste des évolutions de l'islam contemporain

  • Marion Muller-Collard , théologienne protestante

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La grande émission interactive pour aborder tous les sujets de société, qui font l'actualité. Antoine Bellier reçoit ses invités pour réfléchir, approfondir, apprendre et donner du sens à tous les sujets du moment. Posez vos questions ou témoignez en direct pendant l’émission 04 72 38 20 23 ou par mail à l'adresse letempsdeledire[arobase]rcf.fr.

Le présentateur

Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.