Y a-t-il des bons et des mauvais migrants ?

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Sur le rebord du monde

lundi 8 janvier à 13h30

Durée émission : 25 min

Sur le rebord du monde

© Image CIRIC - "Il y a une nécessité morale de l'accueil", dit le P. Xavier Dijon

Bientôt la Journée mondiale du migrant et du réfugié, que le pape François invite à accueillir au nom de la "personne humaine". Faut-il privilégier ceux qui fuient la persécution, la misère?

"Le principe de la centralité de la personne humaine (...) nous oblige à toujours faire passer la sécurité personnelle avant la sécurité nationale." Ces propos sont ceux du pape François, publiés le 15 août dernier en vue de la Journée mondiale du migrant et du réfugié du 14 janvier 2018. Des propos "très forts" voire "provocants" admet le Père Xavier Dijon. Juriste spécialiste de la bioéthique et les instruments juridiques de lutte contre la pauvreté a publié "Les Réfugiés" (éd. Fidélité).
 

De même qu'il existe un droit de migration, il devrait exister "un droit à ne pas migrer" : à "trouver dans son propre pays les conditions de vie suffisantes pour rester sur place"

 

Le pape François sur les migrants, des propos qui ne plaisent pas à tout le monde

Le message du pape, intitulé "Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants et les réfugiés", a donc suscité de vives réactions, y compris au sein de l'Église où la question des migrants est clivante. Selon une étude publiée l'an dernier pour le magazine Pèlerin, 37% des catholiques de France considèrent que les migrants représentent une potentielle menace pour l'Europe. Et les propos du chef de l'Église catholique à ce sujet ont tendance à ternir l'image du pape François chez certains fidèles.

 

 

 

Migrants : la "nécessité morale de l'accueil"

Il est vrai que l'Europe doit faire face à un afflux important de personnes en grande précarité. Quand il parle de "faire passer la sécurité personnelle avant la sécurité nationale", le souverain pontife pointe du doigt nos politiques européennes qui préciséément invoquent la sécurité du pays ou du continent européen.

"La recrudescence des attentats n'est pas faite pour calmer les appréhensions", observe le P. Dijon. Mais pour le juriste, ce qui justifie ces propos c'est "la personne humaine". Ainsi lorsque la vie d'un être humain est en jeu, y a-t-il "une nécessité morale" de l'accueillir. Une position qui va dans le sens de la convention de Genève.

 



 

Accueil des migrants : que dit la convention de Genève ?

En 1945, la charte de San Francisco crée l'ONU, dont la mission est de garantir la Déclaration universelle des droits de l'homme énoncée le 10 décembre 1948. Pour "donner effectivité" à cette déclaration, au sein de l'ONU se propose la convention de Genève. "Lorsqu'une personne partout dans le monde craint pour sa vie et son intégrité physique du fait de sa race, son sexe, son orientation politique... et ne peut réclamer de son propre État la protection de ses droits, il demande le droit d'asile, explique le Père Dijon, les signataires de cette convention s'engagent à ne pas refouler cette personne qui vient trouver refuge."

 



 

Peut-on mettre sur le même plan les demandeurs de droits d'asile et Les migrants économiques ?

Seulement voilà, parmi les personnes qui fuitent leur pays, certains sont des migrants dits économiques ou climatiques. Ils fuient pour trouver de meilleures conditions de vie. Peut-on les mettre sur le même plan que les demandeurs du droit d'asile ? Une question éminemment difficile et complexe. Dans la convention de Genève, précise le Père Dijon, on lit "un élément d'intention dans la persécution, une malveillance". Reste à savoir si les conditions de vie misérables dans laquelle vivent certaines personnes peuvent procéder d'une intention étatique...

De même qu'il existe un droit de migration, un certains nombre d'observateurs jugent qu'il devrait exister "un droit à ne pas migrer". C'est-à-dire à "trouver dans son propre pays les conditions de vie suffisantes pour rester sur place". Puisque la migration est "un arrachement, un déracinement", il faut que la personne puisse exiger de son gouvernement "la garantie de ses droits civils et politiques".

 

Invités

  • Père Xavier Dijon , prêtre jésuite, juriste, professeur à la Faculté de droit de Namur (Belgique)

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L'émission

Tous les lundis à 13h30

Le monde vit des transformations majeures qui touchent tous les secteurs de la vie de l’homme: travail, éducation, écologie, religions, médias, économie…Béatrice Soltner et son invité donnent des clés pour mieux penser ce monde mouvant et les défis d’humanisation à relever. Cette émission propose aussi des repères concrets pour construire du sens, là où l’homme serait tenté de ne voir que du chaos.

Le présentateur

Béatrice Soltner

Formée aux arts plastiques et à l'histoire de l'art Béatrice rejoint RCF en 1994. Elle aime faire émerger la parole et l'offrir en partage. La vie intérieure est son domaine de prédilection. Passionnée par la spiritualité et la psychologie, elle s'intéresse aussi au dialogue entre les églises chrétiennes.