Pologne, le bon élève de l'Europe qui a mal tourné?

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EMISSION SPECIALE

mardi 5 juillet 2016 à 17h03

Durée émission : 5 min

EMISSION SPECIALE

© JANEK SKARZYNSKI / AFP - Le 27 février 2016, manifestation anti-gouvernement à Varsovie

A l'approche des JMJ, RCF vous propose une découverte de la Pologne. En 2004, le pays adhérait avec enthousiasme à l'Europe: aujourd'hui, les eurosceptiques sont au pouvoir. Par Anne Kerléo

Bientôt les JMJ de Cracovie, et si on découvrait la Pologne? En France et dans le monde, ce petit pays à l'Est de l'Europe est connu pour avoir donné au monde Jean-Paul II et le mouvement Solidarnosc. Le Centre de la solidarité européenne (aussi appelé Centre Solidarnosc) a d'ailleurs obtenu en 2016 le Prix du musée du Conseil de l’Europe. Un prix qui récompense "une contribution importante à la connaissance du patrimoine culturel européen".

Aujourd'hui, pour qui connaît mal la Pologne, sa situation politique peut étonner, voire inquiéter. Celui que l'on appelait le bon élève de l'Europe récoltait des bons points en matière de transition démocratique et d'intégration européenne. Seulement voilà, les 10 et 24 mai 2015, c'est un eurosceptique, Andrzej Duda, qui a été élu président de la République et investi le 6 août 2015. Quelques mois plus tard, les élections parlementaires ont porté au pouvoir le parti Droit et Justice (PiS), le 25 octobre 2015. Depuis, ce sont des milliers de manifestants qui sont descendus dans les rues pour protester contre le gouvernement et défendre les libertés démocratiques.

 

 

Adieu donc la belle adhésion à l'Europe? En entrant dans l'Union européenne en 2004, les Polonais tournaient un peu plus le dos au le communisme et voulaient croire à des lendemains meilleurs. La jeunesse étudiante polonaise des années 90 avait adhéré de manière enthousiaste au projet européen, comme le souligne Pierre-Yves Potel. Une génération qui partageait le sentiment de bâtir son avenir et de "construire" et son pays et l'Europe. Aujourd'hui ce sont les mêmes qui, quelques années plus tard, ne savent pas, ne savent plus où ils vont ni pourquoi "ils font tout ça". Un "manque de perspectives" qui n'est pas dû qu'au chômage des jeunes. Les plus déçus de l'Europe - les ouvriers, les travailleurs - sont ceux qui y étaient les plus favorables.

"On ne peut pas demander à des pays
qui sortent du communisme de s'identifier
et de respecter toutes les normes du monde occidental.
"
Marcin Frybes

 

En réalité, si depuis octobre 2015 l'Europe n'est clairement plus au goût du jour, cela fait 25 ans que l'on critique en Pologne "une vision de l'Europe", selon Marcin Frybes. Les invités d'Anne Kerléo pointent du doigt le terme "bon élève" ou "mauvais élève" que l'on emploie si facilement en France, "si tant est qu'il y ait des maîtres et des élèves", avance Pierre-Yves Potel. "Maître", "élève": le choix des mots n'est pas anodin. Fallait-il que la Pologne se transforme pour adhérer à l'Europe et apprenne à "bien se tenir à table" (selon l'expression de Marcin Frybes)? C'est ce que les Polonais ont voulu faire en 2004...

"On n'aurait pas dû oublier Solidarnosc."
Marcin Frybes

 

Le temps des regrets. Sans doute aurait-il fallu alors protester pour que l'Europe reste, comme le dit Marcin Frybes, "une rencontre", "une réunion", tout sauf une "imitation passive". "On ne peut pas demander à des pays qui sortent du communisme de s'identifier et de respecter toutes les normes du monde occidental." Et le sociologue de regretter ce que "proposait au monde" Lech Walesa, "on n'aurait pas dû oublier Solidarnosc"... En février 2016, on a vu les manifestants brandir dans les rues de Varsovie des portraits de Lech Walesa et crier "Nous allons défendre la démocratie!"

 

 

Invités

  • Jean-Yves Potel , historien, politologue

  • Marcin Frybes , sociologue, mathématicien, écrivain, journaliste, membre associé au CADIS (EHESS-CNRS) rattaché au Collegium Civitas de Varsovie

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Le présentateur

Anne Kerléo

Journaliste de formation, Anne est passionnée de reportage, au coin de la rue ou à l'autre bout du monde. Rédactrice en chef "opérations spéciales" RCF, elle a pour mission de préparer et de coordonner la couverture d'événements grands ou petits et l'organisation d'émission hors des studios. Lyonnaise d'adoption, elle ne s'éloigne jamais longtemps de la Bretagne de ses origines.