Christian Bobin, le poète au "cœur-enfant"

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Visages

lundi 16 juillet à 9h03

Durée émission : 55 min

Christian Bobin, le poète au "cœur-enfant"

© éditions de l'Iconoclaste - Christian Bobin, poète

Avec son dernier livre, le poète Christian Bobin nous initie à l'art de ne rien faire et de n'être rien, à la façon d'un moine zen. Un état d'enfance poétique, aussi doux que radical.

Après le succès de "L'homme-joie", Christian Bobin publie "Un bruit de balançoire" (éd. L'Iconoclaste). Un recueil de lettres adressées à sa mère, à "Frère nuage", à une inconnue, ou encore à Ryokan. Un moine japonais du XIXè siècle qui l'accompagne tout au long de l'ouvrage. Il nous reçoit dans sa maison, non loin du Creusot, en pleine campagne, pour nous parler de l'esprit d'enfance, plus exactement de la recherche du "cœur-enfant". Un émerveillement.
 

"Je pense que nous pouvons être des miracles les uns par rapport aux autres, et je pense qu'un moine ce n'est pas extraordinaire, un saint ce n'est pas extraordinaire. C'est la vie qui est extraordinaire"

 

L'État d'enfance ou L'art de n'Être rien

Ces textes de Christian Bobin, il faut s'en imprégner petit à petit. Après les avoir lus on ne regarde plus de la même façon un nuage ou des "gouttes de pluie sur la vitre", celles qui "ont un bombement argenté et une bordure laiteuse". C'est qu'avec "Un bruit de balançoire", il nous initie. À "cette chose impondérable qu'est la vérité de notre présence". Il nous ouvre la voie de l'intime et du vrai. Il y a quelque chose de radical chez lui - ce mot "rien" qui revient souvent - et en même temps d'une infinie douceur. Il écrit: "Je n'ai rien fait de ma vie, rien, juste bâti un nid d'hirondelle sous la poutre du langage."
 

"Vous ouvrez la fenêtre, un jour, parfois, vous voyez du linge qui flotte. Vous ouvrez la fenêtre et puis vous voyez votre vie qui passe. Elle n'est plus en vous elle est en dehors de vous. Et vous acceptez qu'elle passe et vous ne trouvez rien de plus beau tout d'un coup. Vous ne lui lui reconnaissez rien de plus beau que ce passage. Ce rien, c'est la pensée peut-être la plus pure qu'on puisse avoir sur la vie. Elle est difficile à préciser."

 

Les textes de Christian Bobin n'ont rien de mièvre, au contraire, ils parlent de la densité des choses et des êtres. Dans un chapitre de son livre "Un bruit de balançoire", il écrit à un "Cher penseur". Une réponse à quelqu'un qui aurait reproché au poète Jean Grosjean (1912-2006) une simplicité de langage. Bobin de répondre: "Cette simplicité est la source des éclairs."Il conclut par: "Le poème s'écrit avec rien - et c'est le contraire de Flaubert avec son bourgeois désir d'écrire sur rien."
 



 

L'enfanT et LE LIVRE

D'où vient que la quête de l'esprit d'enfance aille si bien avec la lecture? La terrasse où Christian Bobin reçoit Thierry Lyonnet est à côté d'un jardin en friche, et près de lui l'orée d'une forêt elle-même située dans un couloir aérien. Et si le bruit d'un avion vient déranger l'échange, en fait il n'en est rien, car ce vrombissement de l'appareil au décollage vient à point nommé illustrer le propos du poète. Le bruit d'un "fer à repasser sur un linge bleu".
 

"Je vois la totalité de la vie comme un livre, je la ressens, chaque journée est une page entière enluminée. La plupart du temps je préfère me taire, regarder passionnément comme un affamé."

 

Le poète confie: "Je vois les correspondances entre les choses." Dans son livre, à sa mère, il demande: "Comment as-tu modelé mon cerveau de façon à ce qu'un jour une phrase m'affole?"
 



 

Apprendre à être, avec soi et les autres

Poète de l'émerveillement, Christian Bobin n'élude en rien la souffrance. Et sa lettre aux "Jeunes gens de Lodz" est empreinte de gravité. Il y a pourtant une indicible espérance dans ses propos, constante. "Même quand nous sombrons, il y a quelque chose ou quelqu'un qui nous maintient la tête, le menton, hors de l'eau, il y a une main ferme dans cette vie. Et ne rien faire c'est avoir confiance en cette main, du secours vient, tout le temps. Surtout dans les moments les plus durs."
 

"Je pense que nous pouvons être des miracles les uns par rapport aux autres, et je pense qu'un moine ce n'est pas extraordinaire, un saint ce n'est pas extraordinaire. C'est la vie qui est extraordinaire et si nous nous mettons dans son flux nous pourrions obtenir des choses... Silencieusement, sans morale, juste avec une empathie brûlante de l'autre, une compréhension de l'incompréhensible."

 

Poète du XXIè siècle, Bobin s'interroge par exemple sur la fabrication en série des bols (dans le chapitre "Mon pauvre bol") ou sur la disparition programmée de l'écriture manuscrite. Dans notre société de surconsommation et où le temps s'accélère, son propos - et c'est le rôle du poète - est de faire voir l'indispensable. Il nous propose un autre temps, un autre regard, la contemplation, la richesse de la rencontre, la quête du mystère. "Écrire pour moi c'est appeler dans le noir."

 

Émission enregistrée en août 2017

 

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Le présentateur

Thierry Lyonnet

Rédacteur en chef du Service « Foi et Culture », Thierry met son insatiable curiosité au service de RCF depuis 1990. Spiritualité, art, voyages, solidarité et surtout rencontres, qu’il aime partager avec les auditeurs. Depuis l’enfance, il est fasciné par la richesse de la différence…et cette fascination ne cesse de croître!