Delphine Horvilleur, l'identité juive d'une femme rabbin

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Visages

mercredi 13 décembre 2017 à 17h03

Durée émission : 52 min

Delphine Horvilleur, l'identité juive d'une femme rabbin

© DR - Delphine Horvilleur

Femme, juive et rabbin, Delphine Horvilleur hérite d'une histoire douloureuse et complexe. Elle a fait le choix d'une identité juive tournée vers l'avenir, guidée par la lecture des textes.

C'est l'histoire de deux hommes qui sont devant un bain public et l'un des deux dit à l'autre : "T'as pris un bain ?" Et l'autre répond : "Pourquoi, il en manque un ?" Cette blague juive - "qui pourrait ne pas être juive" - racontée par Delphine Horvilleur, nous dit combien le langage ne nous appartient pas. Qu'on n'est jamais sûr de la façon dont l'autre reçoit nos paroles. Et qu'"il y a du plus grand dans que ce que vous avez voulu dire."

 

Delphine Horvilleur est l'une des trois femmes rabbins de France. Ordonnée en 2008 pour le Mouvement juif libéral de France ( MJLF). Elle est aussi une intellectuelle, nommée "manager de l'année 2015" par le magazine Le Nouvel Économiste. Une femme qui n'hésite pas à prendre position dans les grands médias français sur la question du fondamentalisme religieux ou sur celle "ô combien subversive et controversée" de la place des femmes dans les religions monothéistes. Elle vient de publier avec l'islamologue Rachid Benzine "Des mille et une façons d'être juif ou musulman" (éd. Seuil).
 

"Une complexité identitaire avec laquelle il faut vivre"

 

La place des femmes dans les religions monothéistes

Dans le judaïsme où elle a grandi, qui est majoritaire en France, les petites filles ne sont soumises à aucun rite de passage. Des traditions "ancrées dans un patriarcat", et dont "certains font des lectures apologétiques". Comme si les filles, douées d'"une conscience naturelle et innée et essentielle de quelque chose", n'avaient pas besoin de rites...

Impossible de ne pas penser aux propos de Françoise Héritier quand on entend Delphine Horvilleur dire : "La vérité c'est que, en toute honnêteté, c'est simplement le fruit d'un temps où les femmes n'avaient pas accès au pouvoir. Et dans nos modes de pensées, dans nos traditions religieuses, celui qui n'a pas accès au savoir n'a pas accès au pouvoir." Pour elle, cette tonalité patriarcale du discours religieux concerne les trois monothéismes.

 



 

Quand l'hébreu nous enseigne que l'on n'a pas qu'une vie, ni qu'une identité

Élevée dans une famille où l'on parlait tantôt français tantôt yiddish, Delphine Horvilleur a su très tôt quelle pouvait être la force du langage. En hébreu, khaïm signifie la vie mais n'existe qu'au pluriel. "Aucun de nous peut avoir une vie, on a toujours des vies." Et Elohim qui signifie Dieu est aussi au pluriel. Pour nous rappeller "qu'ils relèvent de l'indéfinissable", qu'il y a toujours "quelque chose qui échappe à la définition", qu'il y a toujours quelque chose "au-delà du nom". C'est aussi le cas du mot hébreu panim qui est au pluriel parce que "on ne peut pas avoir un visage". "La définition de quelqu'un qui n'a qu'un visage est une idole, quelque chose de figé, d'arrêté."

Delphine Horvilleur est elle-même l'héritière de "deux histoire difficiles à concilier". Née à Nancy en 1974, elle appartient par son père aux juifs d'Alsace-Lorraine "qu'on appelait Israélites", très attachés à la République et à la laïcité. Ses ancêtes ont été cachés par des Justes pendant l'Occupation. À l'inverse, du côté de sa mère, on est arrivé un peu par hasard dans l'Est de la France, "arrachés à la déportation". Des "survivants". D'un côté, l'amour de la France et la "confiance en l'autre qui vous a sauvé" ; de l'autre "une histoire de défiance où l'autre pouvait tout à coup se transformer en votre un assassin".
 

 

Trouver son identité juive

Les histoires, comme les mots, sont multiples, complexes, riches. Delphine Horvilleur a "toujours eu cette conscience qu'il y avait des récits qui n'étaient pas conciliables dans [sa] famille". Et que son "identité juive" allait se jouer là, dans l'idée d'être à sa place et de n'y être pas tout à fait. "Une complexité identitaire avec laquelle il faut vivre."

Être juive, mais "ne jamais laisser cet état de victime vous définir". Comment se relève-t-on d'une histoire aussi sombre et douloureuse quand on est juif au XXIè siècle ? Comment décider d'être acteur quand on est une femme juive, et que l'on a grandi dans une religion patriarcale ? Son identité juive, comme elle la décrit, est "une identité de vie, d'étude, de pensée de l'avenir". Et sa "plongée dans les textes a beaucoup à voir avec ça".

 

 

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Le présentateur

Thierry Lyonnet

Rédacteur en chef du Service « Foi et Culture », Thierry met son insatiable curiosité au service de RCF depuis 1990. Spiritualité, art, voyages, solidarité et surtout rencontres, qu’il aime partager avec les auditeurs. Depuis l’enfance, il est fasciné par la richesse de la différence…et cette fascination ne cesse de croître!