Latifa Ibn Ziaten : "C'est aux parents d'aimer, de protéger, d'accompagner leurs enfants"

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mardi 24 juillet à 9h03

Durée émission : 55 min

Latifa Ibn Ziaten : "C'est aux parents d'aimer, de protéger, d'accompagner leurs enfants"

© Latifa Ibn Ziaten : "Je dis à chaque famille : réveillez-vous ! La pauvreté n'a tué personne mais l'éducation est importante."

"Mohammed Merah était mal éduqué, mal orienté, mal cadré..." Depuis l'assassinat de son fils par le terroriste, Latifa Ibn Ziaten veut "réveiller" les familles sur la valeur de l'éducation.

"Soyez fière de votre fils, lui a dit le procureur, c'était un vrai soldat, il a fait honneur à la France." Latifa Ibn Ziaten a vécu ce qui peut arriver de pire à une mère. Son fils Imad Ibn Ziaten, adjudant de l'armée française, a été froidement assassiné, première victime de la tuerie de Toulouse perpétrée par Mohammed Merah.

C'était le 11 mars 2012, et depuis ce drame Latifa Ibn Ziaten ne cesse de parcourir la France pour transmettre, dans les écoles, les prisons et les centres sociaux, un message de paix et de tolérance. Elle a fondé l'association Imad pour la jeunesse et la paix, et livré son témoignage dans "Mort pour la France" (éd. Flammarion, 2013). En octobre 2017 est sorti en salles le film documentaire "Latifa, le cœur au combat", d'Olivier Peyon et Cyril Brody. Rencontre avec une mère, une femme, "une française marocaine musulmane" qui témoigne qu'il est possible de pratiquer sa foi dans la paix et le respect des valeurs républicaines.
 

"Ce mois de mars 2012, Mohammed Merah a tué trois religions, il a touché l'islam, il a touché le christianisme, le judaïsme, il a sali le nom de l'islam"

 

Qui était Mohammed Merah ?

Pour Latifa Ibn Ziaten, il n'était "pas musulman", il n'était "pas humain" non plus. Seulement, "on ne naît pas terroriste", comme elle le dit. La conviction de cette femme née en 1960 au Maroc et qui a connu les difficultés de l'intégration, c'est que s'il avait été "bien aimé, bien éduqué", entouré par sa famille, Mohammed Merah n'aurait sans doute pas fait ça.
 


© Association Imad pour la jeunesse et la paix - Latifa Ibn Ziaten : "J'étais fière que mon fils soit militaire !"

 

"Il était mal éduqué, mal orienté, mal cadré, il n'y avait que de la haine autour de lui, il a grandi dans la haine." Puis il y a eu cette "secte radicale" qui lui a "lavé le cerveau" jusqu'à l'inciter à tuer des innocents, des enfants. "Ce mois de mars 2012, Mohammed Merah a tué trois religions, il a touché l'islam, il a touché le christianisme, le judaïsme, il a fait l'amalgame, a sali le nom de l'islam, il a laissé la terreur, la souffrance et puis il est parti avec son mystère."

 



 

Prévenir la radicalisation, le combat d'une mère

L'une des préoccupations de l'association qu'a créée Latifa Ibn Ziaten c'est de comprendre pourquoi des jeunes se radicalisent, et comment prévenir cette radicalisation. Parmi les jeunes qu'elle rencontre dans les cités, certains "comme Merah", sont "abandonnés, fragiles, mal aimés : et voilà ce que ça donne".

Aussi quand elle témoigne, la mère d'Imad entend-elle réveiller les parents. "La responsabilité vient aux parents, ce sont eux qui doivent les aimer, les protéger, les accompagner." Ne pas faire état par exemple devant eux de leurs difficultés de couple, d'argent, de logement... Mais leur dire : "Avance mon fils, aie confiance en toi, je voudrais que tu sois mieux que moi : c'est ça qui manque dans certaines familles malheureusement."
 

 

Servir la République quand on est musulman

Lors de ses différentes interventions dans des centres sociaux ou des écoles, il est arrivé que l'on reproche à Latifa Ibn Ziaten d'avoir laissé son fils s'engager dans l'armée française, au nom de la colonisation ou de la guerre d'Algérie. Mais elle répond : "J'étais fière que mon fils soit militaire !" Fière de le voir "amoureux de son pays" et désireux de "servir la République". "Les gens sont restés en arrière, aux problèmes de colonisation." Alors quoi, sous prétexte que l'on est arabe et musulman et français on ne peut pas être militaire ou policier ? "On ne mérite que le balai et les usines ?"

 



 

Ghettoïsation et manque de mixité sociale

Le combat de Latifa Ibn Ziaten, c'est de transmettre ce message : l'intégration s'apprend d'abord à la maison. Aux parents de dire à leurs enfants d'où ils viennent et de leur montrer qu'ils ont un avenir, et que grandir avec la double culture, c'est possible ! D'être "un moteur" pour leur enfant. "Je dis à chaque famille : réveillez-vous ! La pauvreté n'a tué personne mais l'éducation est importante."

Pendant 25 ans, elle a travaillé dans un établissement scolaire. Les jeunes de banlieue comme on dit, elle sait quelles sont leurs difficultés. "Ce ghetto, je peux vous dire ça fait du mal, il n'y a pas de mixité sociale, ils sont entre eux, ils ne peuvent pas sentir qui est français." Or un enfant, "s'il n'est pas accompagné, s'il n'a pas un cadre, c'est rare qu'il puisse s'en sortir".

 

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Du lundi au vendredi à 09h03 et 00h00

Chaque visage est unique, aussi l'émission Visages accueille-t-elle des hommes et des femmes d'une grande diversité : philosophes, personnes engagées dans le développement et dans l'action humanitaire, aventuriers, psychologues, écrivains... Tous partagent au moins un point commun : l'ouverture et le respect de l'autre dans sa différence. Thierry Lyonnet leur donne la parole pour une rencontre en profondeur.

Le présentateur

Thierry Lyonnet

Rédacteur en chef du Service « Foi et Culture », Thierry met son insatiable curiosité au service de RCF depuis 1990. Spiritualité, art, voyages, solidarité et surtout rencontres, qu’il aime partager avec les auditeurs. Depuis l’enfance, il est fasciné par la richesse de la différence…et cette fascination ne cesse de croître!