Zarina Khan: "L'amour a cette capacité à éteindre les feux de l'enfer qui s'allument"

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Visages

jeudi 24 janvier à 4h00

Durée émission : 55 min

Zarina Khan: "L'amour a cette capacité à éteindre les feux de l'enfer qui s'allument"

© Zarina Khan

Avec ses origines multiples et ses ancêtres illustres, la vie hors norme de Zarina Khan est aussi captivante qu'un roman. Elle est surtout un puissant message d'amour.

Sa vie semble tout droit sortie d'un roman, mais elle est bien plus. Elle est le témoignage vivant que l'amour est plus fort que la haine, que la paix l'emporte sur l'intolérance. Elle a d'ailleurs été nommée en 2005 pour le prix Nobel de la paix. D'origine russo-pakistanaise, Zarina Khan a vécu une enfance et une adolescence hors norme. Philosophe, actrice, réalisatrice, elle publie son autobiographie "La sagesse d'aimer" (éd. Hozhoni).
 

"Détruire si vite, constuire si lentement: c'est là d'où je viens."

« Je crois qu’en écrivant j’ai réalisé à quel point nous sommes mémoire, depuis le début du monde. Nous savons que nous sommes poussières d’étoiles ». 

Zarina Khan est la fille d'un prince indien cofondateur du Pakistan, lui-même imprégné de son ancêtre Gengis Khan. Du côté de sa mère, une Française née en Tunisie et d'origine russe de Crimée, ses ancêtres ont fui la révolution soviétique. Conquérants, bâtisseurs, exilés... Voilà l'héritage familial de la philosophe et artiste. Son histoire semble même inscrite dans son ADN. "En écrivant j'ai réalisé à quel point nous sommes chacun, êtres vivants sur la Terre, mémoires de tout ce qui a été depuis le début du monde."
 

Son histoire commence comme un conte de fée

Coup de foudre immédiat entre ses parents, ils font "le premier mariage mixte du Pakistan". Mais un leader musulman qui épouse une chrétienne orthodoxe, au Pakistan cela dérange jusqu'à éveiller la haine et le désir de mettre à mort. Elle a trois ans quand sa mère est lapidée. Si elle y a survécu, elle a dû se séparer de son père, "la menace de mort était trop grande". Ce moment a déterminé tous ses engagements futurs pour la paix. "J'étais le fruit du péché, de cet intolérable-là." Mère et fille fuient le Pakistan pour la Tunisie.

contre le communautarisme

Zarina Khan est russe, tunisienne, pakistanaise et française. "C'est un cadeau absolument immense, une chance magnifique, affirme-t-elle aujourd'hui, mais ça a été la source de tous les rejets, de tous les racismes" quand elle était enfant. Objet d'étrangeté, elle qui a subit enfant la peur de l'autre, déplore aujourd'hui le communautarisme où "au lieu de transmettre la foi", on transmet "un dogme".

"L’éducation consiste à donner des repères qui sont ceux d’une seule appartenance", explique Zarina Khan. "Les parents s’évertuent à transmettre une culture, une religion. Au lieu de transmettre la foi ils transmettent un dogme. Il y a des merveilles, mais elles ne le sont que si on comprend que le rituel de l’autre est aussi une merveille. Souvent le repère à soi est transmis par les ancêtres mais devient une catégorie, une barrière".

Ne pouvoir s'appuyer sur aucune appartenance, n'avoir "aucune copine" à l'école, elle s'en est fait un "cadeau". "J'ai dû ouvrir mon esprit, le champ de mon horizon jusqu'au cosmos, la Terre était trop étroite pour moi." Quand elle dit que "dans la cour de récréation [ses] compagnes étaient les étoiles", ce ne sont pas que de jolis mots d'une enfant dans la lune. Ce qui fut d'abord un réflexe de survie l'a conduite sur un chemin de sagesse. La petite fille rejetée a trouvé son identité "dans les vibrations qui nous relient dans l'universel au-delà de toute appartenance".

« Tu prendras la religion de ta mère » 

« Cette phrase a été un phare dans la nuit de l’absence »

« Tu prendras la religion de ta mère », lui confie son père au moment du départ. Le père de Zarina Khan était très pieux, il dialoguait avec Allah. Pour lui, la terre pakistanaise pouvait devenir une terre de paix. "Pour lui la religion est une discipline, une façon de grandir, d’avoir une colonne vertébrale, avoir des repères bienveillants. Mais pour lui, il n’y a qu’un seul Dieu".

« Tu es des nôtres »

C’est ce que l’on déclare à Zarina Khan au moment de son baptême orthodoxe, à Tunis. Elle subit cette phrase comme une violence. "Qui étais-je donc avant ? Rien ? Mais si, j’étais déjà au monde. C’est ça la violence, ça réduit l’être précédant le baptême à néant. Et ce néant est la racine du mal qui habite notre planète".

La sagesse d’aimer

« Dire : je n’aime pas, c’est un blasphème de la pensée » 

Enseignante en philosophie, Zarina Khan tente d’expliquer à ses élèves « l’amour de la sagesse ». Un concept par trop abstrait pour eux. Elle inverse alors, et place « aimer » au cœur du propos. "Si nous sommes seulement dans une quête de sagesse, nous ne pourrons pas gagner cette bienveillance, cette quête du bien".

La force d’aimer

Zarina Khan a été abusée, enfant, par le compagnon de sa mère, un allemand ancien nazi. Elle trouve alors du réconfort dans l’écriture : "J’écrivais de la poésie pour dire à un lecteur imaginaire ma détresse que je ne pouvais dire à ma mère". Pour elle, l’art est un espace sacré qui lui a redonné vie. "L’œuvre est éternelle, on est au-delà de soi-même".

« L’amour a cette capacité à éteindre les feux de l’enfer qui s’allument »

Elle a toujours été poussée par l’urgence d’aller vers l’autre, le rassurer. "Lui dire qu’une terre nous appartient et nous appartiendra toujours, celle du partage". Avec rien, on peut créer un espace, où l’on pourrait s’aimer sans se connaître. "Quand cet espace sacré de l’art s’ouvre, le temps se suspend. En une heure on va pouvoir se réconcilier avec trente ans de haine. L’amour a cette capacité à éteindre les feux de l’enfer qui s’allument, en une seconde".
 

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Chaque visage est unique, aussi l'émission Visages accueille-t-elle des hommes et des femmes d'une grande diversité : philosophes, personnes engagées dans le développement et dans l'action humanitaire, aventuriers, psychologues, écrivains... Tous partagent au moins un point commun : l'ouverture et le respect de l'autre dans sa différence. Thierry Lyonnet leur donne la parole pour une rencontre en profondeur.

Le présentateur

Thierry Lyonnet

Rédacteur en chef du Service « Foi et Culture », Thierry met son insatiable curiosité au service de RCF depuis 1990. Spiritualité, art, voyages, solidarité et surtout rencontres, qu’il aime partager avec les auditeurs. Depuis l’enfance, il est fasciné par la richesse de la différence…et cette fascination ne cesse de croître!