21 mars : Le printemps, une leçon de philosophie

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L'édito de Laurence Devillairs

mercredi 21 mars à 7h55

Durée émission : 3 min

L'édito de Laurence Devillairs

Le printemps est arrivé – ou presque. Avec le retour des beaux jours, c’est la météo qui nous donne une leçon de philosophie.

Quelle est-elle, cette leçon de philosophie ? Que la tristesse a une fin. Qu’on ne naît pas qu’une fois, mais plusieurs fois, que la vie est une suite de morts, mais de renaissances aussi. Renaissance : voilà le maître mot, voilà la leçon.

Presque tout ce qui constitue la culture est œuvre de renaissance, moyens pour revenir à la vie. La littérature nous rend à nous-mêmes, en nous faisant éprouver des sentiments perdus, la peinture nous fait revoir ce que nous avions perdu l’habitude de regarder, la philosophie nous fait repenser à ce qu’on avait oublié d’interroger. On secoue la poussière, on redécouvre le monde, soi-même et les autres.

Il est un mot qui dit ces printemps, un mot qui n’a pas bonne presse, pourtant. Ce mot, c’est l’espoir. Si l’espoir n’a pas bonne presse, c’est parce qu’on l’associe à l’évasion hors du réel, à l’illusion.

Mais l’espoir n’est pas l’illusion. C’est le moteur qui fait avancer, la source cachée de nos volontés. Oui, c’est l’espoir qui fait vivre, car il est la texture même de la vie, ce qui fait qu’elle vaut, malgré tout, la peine d’être vécue.

Espérer, c’est refuser l’inertie, c’est mettre un peu de printemps dans nos vies. Ce n’est pas du rêve éveillé, c’est du désir, celui qui fait recommencer, et se relever. Espérer, c’est aller à la rencontre de ce qu’on veut devenir. Et « ce n’est pas si facile de devenir ce qu’on est, de retrouver sa mesure profonde ». Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Camus. « Retrouver sa mesure profonde » : ne pas se contenter d’être, mais se renouveler, considérer la jeunesse comme étant encore à venir.

Non, le présent ne doit pas nous suffire. Non, l’instant présent n’est pas notre seule patrie. Ici n’est pas notre tout. Il n’y a pas de honte à cultiver l’espérance, « de celle qui résiste à tous les vents par la vertu de la blancheur et de la sève. C’est elle qui, dans l’hiver du monde, préparera le fruit ». C’est encore Camus qui le dit. Joyeux printemps à tous. 

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Laurence Devillairs est agrégée et docteur en philosophie, elle enseigne au Centre Sèvres et à l'Institut catholique de Paris (ICP). Retrouvez son édito chaque mercredi sur RCF !