Affaire Kashogghi: pour Frédéric Encel, "l'Arabie saoudite est en train de perdre son sang-froid"

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vendredi 19 octobre 2018 à 6h41

Durée émission : 4 min

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© OZAN KOSE AFP

​L’affaire Jamal Kashogghi bat son plein. Ce dissident saoudien a disparu début octobre à Istanbul, vraisemblablement éliminé par un commando saoudien envoyé par Ryad.

De plus en plus de dirigeants demandent des explications voire se désolidarisent du gouvernement saoudien. Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, a indiqué jeudi 18 octobre dernier qu’il ne participerait pas au prochain sommet économique, dit du Davod du désert.
 

Cette affaire Kashogghi prend de plus en plus d’ampleur. Est-ce que cela peut avoir des conséquences à court et moyen terme entre les Occidentaux et l’Arabie saoudite ?

"Oui car comme je le dis et l’écris depuis des années, l'Arabie saoudite est en train de perdre son sang-froid. La péripétie rocambolesque, ridicule et tragique en même temps du consulat saoudien en Turquie n’est qu’un élément supplémentaire. Il faut remonter au kidnapping du Premier ministre libanais, à la manière dont la guerre est menée au Yémen par Ryad. Tout cela a échoué. Tout cela a un parfum ridicule. Le problème, c’est qu’au bout d’un moment, vis-à-vis des opinions mais vis-à-vis des autres alliés de l’Arabie saoudite, et notamment les Américains, on ne peut pas faire comme si ce régime se comportait de manière rationnelle. Cela peut avoir des conséquences économiques importantes car nous avons des intérêts économiques très importants avec ce régime qui est l’un des seuls au monde à avoir la volonté et la capacité de nous acheter des matériels à haute valeur ajoutée" explique Frédéric Encel, professeur de géopolitique à Sciences Po Paris.
 

Le gouvernement français met une pression économique en boycottant le Davos du désert…

"Oui. Cela signifie que le rapport de force a clairement changé de camp. On le sait et on l’assume. Pendant des années, voire des décennies d’expansion du wahabisme mortifère en provenance de l’Arabie saoudite et du Qatar, nous n’avons trop rien dit car il y avait de gros enjeux. Aujourd’hui il y a une forme d’exaspération de la part des Occidentaux et même de la part des Américains. La France ne pouvait pas se solidariser avec cette exaspération générale" ajoute le géopolitologue.
 

Plusieurs sources désignent l’entourage du prince héritier. S’est-on trompé sur son compte en le présentant comme un réformateur ?

"Je ne le crois pas. Ce n’est pas tant ses réformes en matière de droit des femmes, même si cela va très lentement et de manière très symbolique, et de limitation du pouvoir des religieux, mais ce sont les coups de force en matière de défense et d’affaires étrangères du régime saoudien depuis maintenant plusieurs années. On n’est plus au temps de la guerre froid où on pouvait faire n’importe quoi sinon aller assez loin dans ce genre de coup de force. Aujourd’hui, on le peut beaucoup plus difficilement. Même Donald Trump ne peut pas faire comme s’il ne se passait rien avec son allié traditionnel saoudien" conclut Frédéric Encel.

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Jean-Baptiste Labeur