Ali Magoudi: "les peurs sont devenues des normes sociales"

Présentée par

S'abonner à l'émission

Le Grand Invité

mardi 27 février 2018 à 8h10

Durée émission : 15 min

Ali Magoudi: "les peurs sont devenues des normes sociales"

© Patrice Normand

Que faire face à la peur ? Nos sociétés contemporaines sont en proie à de nombreuses craintes, qui se sont installées durablement dans le paysage, sans disparaître.

Dans son dernier ouvrage, "N’ayons plus peur" (éd. de la Découverte), Ali Magoudi décrit une société gangrénée par la peur. "Les peurs sont généralisées. Elles ont toujours existé. La peur des requins, des souris, mais c’est aussi des peurs sociétales : la peur des épidémies, des étrangers, de la fin du monde, de la disparition des espèces. À chaque fois on nous laisse supposer que les peurs sont liées à un danger alors que ce n’est pas le cas. Les peurs sont des scénarios imaginaires qui catapultent les individus dans des erreurs de jugement" explique le psychanalyste.
 

La responsabilité du discours collectif

Des peurs qui sont aujourd’hui canalisées par les médias et les réseaux sociaux. "A l’évidence, si on a peur, c’est qu’il y a un discours collectif qui vous propulse dans des scénarios qui sont aujourd’hui quasi-millénaristes. Ce sont les médias, toute une série de discours collectifs, qui nous incitent à avoir peur. Toutes les peurs sont au final des peurs de la mort. Et nous sommes aujourd’hui dans des sociétés contemporaines dans lesquelles le discours collectif ne protège plus de la mort. Car les seuls discours collectifs qui protègent de la mort ne sont pas scientifiques, mais religieux" ajoute Ali Magoudi.

Plus spécifiquement, le psychanalyste explique qu’il existe des peurs collectives qui sont assez singulières à l’Occident. "Ce qui est spécifique à l’Occident, c’est cette inflation de peurs généralisées. Le pire dans toutes les peurs, ce sont les peurs qui s’ignorent" précise Ali Magoudi, qui ajoute qu’il y a une époque pas très lointaine, avoir peur était un symptôme, et l’on savait alors qu’il fallait guérir. "Aujourd’hui, les peurs sont des normes sociales" lance-t-il.

Le déclin du discours religieux engendre la peur

Cette peur d’avoir peur ne vient pas d’un élément déclencheur. "Progressivement, le discours religieux dans les sociétés a décliné, et parallèlement les discours messianiques qui ont tenté de les remplacer ont décliné également. Quand ces deux blocs ont décliné parallèlement, la peur s’est instaurée. Une société sans discours collectif qui protège de la mort est une société qui laisse la porte ouverte à la peur de tout, au lieu d’avoir peur de l’un" analyse le psychanalyste.

Au sujet des Etats Généraux de la Bioéthique, qui vont aborder jusqu’au mois de juin des sujets qui peuvent inquiéter, Ali Magoudi "remarque que tout n’est pas perdu. Qu’il existe encore des lieux où l’on peut produire de la pensée, du discours collectif pour maitriser les enjeux de vie et de mort. Dans ces lieux, il n’y a pas que des scientifiques, il y a beaucoup de penseurs issus des religions, et qui pensent qu’ils ont quelque chose à dire sur la vie et la mort".

Autre sujet de peur, celle des migrants. Rien de nouveau sous le soleil pour Ali Magoudi. "La peur de l’étranger a toujours existé. Avec la grippe aviaire qui avait frappé il y a quelques années, la grande peur venait des oiseaux migrateurs qui ne respectent pas les frontières" donne comme exemple le psychanalyste.

Les dernières émissions

L'émission

Du lundi au vendredi à 8h10

Chaque matin, Stéphanie Gallet reçoit une personnalité au cœur de l’actualité nationale ou internationale. Décryptage singulier de notre monde et de ses enjeux, mais aussi découverte d’un parcours, d’un engagement. Au cœur de la grande session d’information du matin, une rencontre quotidienne pour prendre de la hauteur avec bienveillance et pour donner du sens à l’information.  

Le présentateur

Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.