Allonger le temps de travail pour sauver les entreprises?

Présentée par PR-19982

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La chronique Économie

jeudi 26 mars à 7h20

Durée émission : 3 min

La chronique Économie

Une des ordonnances adoptées hier par le gouvernement pour faire face aux conséquences économiques et sociales de l'épidémie de coronavirus passe mal : celle concernant le temps de travail.

Cette ordonnance prévoit que dans certains secteurs, la durée quotidienne maximale de travail pourra être portée à douze heures, tandis que la durée hebdomadaire pourra être relevée de 48 heures à 60 heures et de 44 heures à 46 heures en moyenne sur une période de douze semaines.

Le repos compensatoire, c’est-à-dire le nombre d’heures à respecter entre deux périodes travaillées, pourra aussi être réduit de 11 heures à 9 heures, et des allégements sont prévus pour le travail du dimanche.

Comme l’explique ma consoeur Audrey Dufour sur le site de La Croix, le gouvernement ne cesse de marteler que l’économie est totalement imbriquée : il y a très peu de secteurs où l’on peut se passer totalement d’activité. « Les gels hydroalcooliques ont besoin d’être fabriqués, mais aussi emballés et livrés », résumait Muriel Pénicaud en début de semaine. Autrement dit, même si l’emballage et la livraison peuvent apparaître comme moins vitaux en cette période de coronavirus, ils forment les maillons d’une chaîne qui a besoin de rester soudée.

Si la crise doit se poursuivre de longues semaines, la corde risque de se tendre du fait des salariés malades ou vulnérables, de ceux qui gardent leurs enfants, et tous ceux qui ne peuvent pas aller travailler. Entre protection des salariés et continuité de l’économie pour les besoins d’urgence, l’équation à résoudre est très délicate.

Le travail dominical se fera toujours sur la base du volontariat, tandis que la règle ne changera pas pour les heures supplémentaires : si c’est occasionnel, ça pourra être obligatoire. En revanche, si cela correspond à une nouvelle organisation du travail, les salariés devront être volontaires.

Ce sera payé comme actuellement, avec des majorations pour les heures supplémentaires et d’éventuelles récupérations.

Pour ce qui est des secteurs, l’ordonnance cite « les entreprises des secteurs jugés essentiels à la continuité de la vie économique et à la sûreté de la nation », mais la liste est, pour l’instant, renvoyée à un décret.

Cependant, les syndicats réagissent mal. Le secrétaire général de Force ouvrière (FO), Yves Veyrier, dénonce « une hérésie, parce que dans ces secteurs essentiels, on a besoin justement de ménager les salariés qui sont mobilisés ». «Vous ne ferez pas travailler des salariés de l'agroalimentaire 60 heures par semaine », a pour sa part lancé Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT.

Le gouvernement répond que ces dérogations temporaires cesseront d’être en vigueur au plus tard au 31 décembre 2020. Aux yeux de la ministre du travail, Muriel Pénicaud, l’enjeu est ni plus ni moins que de « permettre aux entreprises de ne pas mettre la clé sous la porte et de ne pas licencier leur personnel».
 

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Avec Vincent de Féligonde, l'actualité économique expliquée chaque jeudi.

Le présentateur

Vincent de Féligonde

Vincent de Féligonde est chef du service économique et social de La Croix. Il y a débuté sa carrière, puis a été correspondant des Echos en Allemagne, chef du service web, avant de revenir à La Croix pour en diriger les services international, puis économique. Sa passion : rendre intelligibles les grandes évolutions de l’économie @VdeFeligonde