Altesse

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Un mot, un jour

lundi 20 janvier à 8h55

Durée émission : 4 min

Un mot, un jour

Voilà un mot qu’en définitive on ne nous adresse jamais. Personne au restaurant, ou à la cantine ne me propose un plat royal, en me disant ensuite, « votre altesse en reprendra-t-elle ? ».

Croyez-moi, je le regrette, mais c’est ainsi. Aussi, on se contentera de radiographier le mot qui, il est vrai, est assez simple à décrypter.

Le mot « altesse » relève du bas latin altitia, désignant la hauteur, au point d’ailleurs qu’il y eut un mot en dérivant directement en français, mot oublié qui était la « hautesse », avec un h donc.

Mais en réalité, du bas latin il est passé d’une part en espagnol en donnant alteza, attesté pour les monarques donc depuis 1256, et d’autre part en italien, altezza, avec deux z cette fois-ci, et tous les étymologistes choisissent cette origine italienne pour le mot français « altesse », attesté de son côté en 1500, d’abord avec un seul s, peut-être prononcé z au tout début et très vite avec ses deux s.

Dès la fin du XVIIe siècle nous en est bien sûr donnée la définition dans nos premiers dictionnaires et voici par exemple celle offerte par Furetière : « Altesse : Titre d’honneur qu’on donne aux Princes. Son Altesse Sérénissime M. Le Prince de Condé. » Et rappelons qu’on se situe en 1690 au cœur du règne de Louis XIV d’où ces précisions données par Furetière : « On dit de Mr le Frère du Roy, Son Altesse Royale. » Et de poursuivre en ajoutant qu’« On traite le Duc de Savoye, é les autres Princes souverains d’Altesse. Son Altesse Électorale. » Vient alors ici la concrétisation de ce que j’évoquais il y a un instant à propos du mot « hautesse » : « À l’égard de Grand Seigneur, ou le Turc, on l’appelle sa Hautesse ».

Évidemment aucun rapport avec une hôtesse de l’air, hautesse, écrit h a u t. Alors s’il est vrai qu’il y a parfois une petite tradition d’irrespect frondeur vis-à-vis de ce titre là je ne crois pas que je vais oser dire ce que j’ai découvert.

Ah je n’aurais pas dû… Eh bien en fait j’ai pris conscience que jamais anagramme ne fut plus insolente au point que je n’ose à peine le formuler, peut-être par un fond de respect pour la monarchie qui a régné en France pendant des siècles. Quelle est en effet l’anagramme d’altesse. Bon, vous l’avez déjà trouvé… : saletés, au pluriel. Ah quelle ignominie !

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L'émission

Du lundi au vendredi à 8h55

Jean Pruvost, lexicologue passionné et passionnant vous entraîne chaque matin dans l'histoire mouvementée d'un simple mot !  

Le présentateur

Jean Pruvost

Chroniqueur de langue à RCF depuis 2011, Jean  choisit chaque jour un mot de l’actualité, pour l’intense plaisir d’en partager la saveur, en ouvrant les dictionnaires de sa bibliothèque qui en compte dix mille… Explorer ensemble les mots, c’est construire des harmonies. Jean aime aussi marier les mots et les notes sur sa guitare.