Amazon, les petits commerces et Noël

Présentée par PR-25241

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La chronique Economie

vendredi 27 novembre 2020 à 7h20

Durée émission : 3 min

Amazon, les petits commerces et Noël

© Christian Wiediger on Unsplash

Marcel Rémon revient sur la stratégie du géant du e-commerce Amazon, qui met en péril certains commerces de proximité.

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Nous entrons dans le temps de l’Avent. Le Père Noël, ou en Belgique le Grand Saint Nicolas, font partie de notre héritage. Clairement, ce sont eux, et personne d'autre, qui ont inventé le fameux "click and deliver". Chaque enfant, et quelques adultes dont je fais partie, attendent cette période pour se plonger dans les catalogues et écrire de notre plus belle plume la liste des cadeaux que le Père Noël ou Saint Nicolas mettront dans leur hotte. Il existe, on peut le visiter, un centre postal de collecte de toutes ces missives, en Laponie. Y-a-t-il là-bas un immense hangar avec tous les jouets et des lutins qui les emballent ? C'est plus mystérieux. Ce qui est certain, c'est que le 6 ou le 24 décembre, dans la nuit, par la cheminée ou par la fenêtre, les cadeaux arrivent à bon port. 

J'aimerais souligner les énormes différences entre ces deux modèles de "click and deliver". D'abord, le Père Noël ne distribue que des choses absolument essentielles, à savoir des bonbons et des jouets. On ne voit guère Saint Nicolas amener un aspirateur ou des gants de travail. Leurs colis ne sont pas empaquetés dans un carton anonyme marqué d'un sourire, tout aussi anonyme. Non, leur emballage est plein de couleur avec des étoiles. Mais, à mon avis, la différence la plus importante est que le système du Père Noël repose sur une gigantesque logistique faite de milliers de complicités. C'est le règne de la subsidiarité. 

En 2015, Emmanuel Macron, alors ministre de l'économie, lançait son plan "France Logistique 2015", où il est écrit que "la promotion de la logistique, comme secteur de l’économie et comme fonction transverse de la société, doit être un pilier fort de la stratégie, afin d'attirer les investissements des porteurs de projets français ou étrangers". Amazon l'a bien compris. En France, il fait déjà circuler près de deux milliards de produits non alimentaires sur notre territoire, et il compte en vendre au moins un milliard de plus d’ici 2021, en doublant sa surface de stockage et de distribution.  

Récemment, l'information est tombée de l'ouverture d'un centre de distribution dans la commune de Petit-Couronne, près de Rouen. Il y a six ans, la raffinerie locale a dû fermer avec son lot d'emplois perdus. Aujourd’hui, Amazon arrive avec son entrepôt de 120 000 mètres carrés et ses promesses de création de plus de 500 emplois. Or, curieusement, le 12 novembre, sur BFMTV, c'est le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire qui demandait aux Français de "faire un geste patriotique" en appelant leur commerce de proximité plutôt que des plateformes de commerce en ligne : ces dernières ne seraient plus en odeur de sainteté ? La question, qui me vient, est celle du loup dans la bergerie.

L'histoire se répète. Les hypermarchés en banlieue ont simplifié la vie de beaucoup de personnes, du moins de celles qui pouvaient s'y déplacer. Cela a vidé les centres villes des petits commerçants, et finalement de sa population. Le commerce en ligne est une bénédiction pour ceux qui peuvent y accéder, et surtout pour ses dirigeants. Jeff Bezos, le patron d’Amazon, est devenu l’homme le plus riche de tous les temps avec plus de 200 milliards de dollars. Comme il n'y a pas de partage de cette manne, les commerces de proximité, quand bien même ils se mettent à Internet, fermeront et la France championne de la logistique se résumera en une fourmilière faite d'infrastructures et de drones de livraison. 

 En termes d’économie humaine et durable, on est loin de la complicité heureuse de Noël. Benoît XVI dans Caritas in Veritate nous rappelait qu’"acheter - d'autant plus en ce temps de Noël - est non seulement un acte économique, mais toujours aussi un acte moral" (CV, 66). Oui, pour Noël, moi, je vais acheter dans ma zone !

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