Attentats : un cas de conscience

Présentée par PR-23495

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L'édito de Patrice de Plunkett

lundi 28 septembre à 7h55

Durée émission : 3 min

Attentats : un cas de conscience

© DR

Patrice de Plunkett revient sur l'attentat survenu vendredi devant les anciens locaux de Charlie Hebdo et s'interroge : les caricatures de Mahomet auraient-elles dû être republiées?

Depuis l’attentat de vendredi, Paris se croit revenu en 2015. En 2015 des gens nés en France attaquaient au fusil d’assaut pour Daech ou Al Qaida. En 2020, Hassan Ali, un jeune arrivé en France il y a trois ans, attaque en solo avec un hachoir. Mais il y a un lien entre 2015 et 2020. Hassan Ali a une intention : c’est devant Charlie Hebdo – l’ancien l’immeuble – qu’il vient faire son attaque.

Et s’il fait ça, c’est parce que Charlie Hebdo vient de republier, le 1er septembre, les dessins anti-Mahomet qui avaient provoqué les tueries de 2015. Alors il y a une question. Je suis un peu gêné de la poser : je suis journaliste depuis toujours, je comprends très bien que des journalistes veuillent montrer qu’ils n’ont pas peur. Mais beaucoup de gens se posent cette question depuis trois jours. Alors je me permets de parler pour eux.

Voilà le problème :
une chose est de risquer sa peau à soi : et l’équipe de Charlie Hebdo a payé cher ce risque en 2015, d’une façon épouvantable qui a mis tout le pays en deuil ;
mais une autre chose est de mettre en danger (même sans y penser) la peau des autres...  Les deux victimes de vendredi n’ont aucun rapport avec Charlie Hebdo. La méthode du terrorisme, c’est très souvent de faire payer à n’importe qui, dans la rue, la liberté que prend le journaliste d’écrire (ou de dessiner) selon ses propres sentiments.

Oui, la liberté de la presse est l’un des fondements d’une société libre : c’est un principe fondamental. Mais est-ce que « liberté de la presse » veut dire « publier ce qui n’est pas forcément nécessaire » ? Question sans réponse ! En tout cas, sans réponse toute faite… Et si une publication non nécessaire fait, en plus, courir des risques à la population, le journaliste a un cas de conscience : ce que moi journaliste j’estime être la chose à dire, est-ce que je ne dois pas aussi le confronter avec l’intérêt général ?

En période de guerre, la presse accepte de limiter sa liberté pour ne pas fournir de cibles à l’ennemi. N’est-ce pas un peu la même chose en période de terrorisme ? Peut-être que la question se pose. Je m’interroge.
 

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Le présentateur

Patrice de Plunkett

Patrice de Plunkett est journaliste, blogueur et essayiste. Il a codirigé Le Figaro Magazine.