Au Pakistan, rien n'est gagné pour Asia Bibi

Présentée par

S'abonner à l'émission

Le dossier du jour

lundi 12 novembre 2018 à 7h12

Durée émission : 7 min

Le dossier du jour

© MARTIN BUREAU AFP

Asia Bibi est libre. Une liberté relative, tant qu'elle n'aura pas fui le Pakistan, où elle se cache des islamistes du pays, qui veulent sa mort.

Asia Bibi est toujours au Pakistan

La pression monte autour de la libération d’Asia Bibi. La Pakistanaise chrétienne condamnée à mort pour blasphème est sortie de prison en milieu de semaine dernière pour rejoindre un lieu tenu secret à Islamabad avant de pouvoir quitter son pays où elle est en danger de mort. Asia Bibi devrait partir à l’étranger très prochainement.

Asia Bibi, accusée de blasphème, a passé neuf ans en prison avant d’être acquittée le 31 octobre dernier par la Cour suprême du Pakistan. Cet acquittement synonyme de libération est pourtant loin d’être une évidence et le soulagement aura été de courte durée pour ceux qui se mobilisent depuis des années pour sa libération.

Car la pression des islamistes est telle, ils ont paralysé le pays pendant 3 jours pour protester contre cette décision, que le gouvernement a accepté  le dépôt d’une requête en révision du jugement de la Cour Suprême. Requête déposée par l’avocat de l’imam qui avait déposé plainte pour blasphème contre Asia Bibi en 2009. Et le sort d’Asia Bibi aujourd’hui retranché dans un lieu tenu secret à Islamabad dépend de la réponse de la Cour Suprême.
 

Un double jeu du gouvernement pakistanais

En attendant cette décision, l’acquittement d’Asia Bibi par la Cour suprême déchaîne la haine au Pakistan. Un groupe religieux islamiste radical devenu parti politique fait de la punition du blasphème sa raison d'être. Les responsables du TLP sont à l’origine des violentes manifestations qui ont paralysé le pays après le verdict de la Cour Suprême. Pour l’historien Jean François Colosimo, auteur du livre “Aveuglements : religions, guerres, civilisations” aux éditions du Cerf, l’islamisme gangrène peu à peu le Pakistan.

L’affaire Asia Bibi met donc en relief le double jeu du gouvernement pakistanais. Les autorités pakistanaises sont à la fois complaisantes à l’égard des islamistes par crainte de représailles mais elles et ménagent aussi la communauté internationale. En attendant, la famille d'Asia Bibi aurait demandé l'asile aux Etats-Unis, au Canada et au Royaume-Uni.

Mais rien n’est moins sûr car d'après l'association des Britanniques chrétiens d'origine pakistanaise, Londres aurait renoncé à répondre favorablement à la demande d'asile d'Asia Bibi. La Grande-Bretagne serait inquiète des troubles potentiels provoqués dans le pays, d'attaques contre les ambassades et des civils. Pour Emmanuel Derville, journaliste au Figaro, le nom du pays prêt à l’accueillir ne doit pas être dévoilé en avance pour des raisons de sécurité.
 

Des pays prêts à accueillir Asia Bibi

Pourtant, plusieurs pays européens se sont dits prêts à l'accueillir notamment l’Italie et la France. C’est ce qu'a déclaré mercredi dernier le ministre des Affaires étrangères, Jean Yves le Drian, devant l’Assemblée nationale. La chrétienne pakistanaise a également reçu le soutien des évêques de France réunis pour leur Assemblée plénière à Lourdes.

Les évêques appellent à la protection de sa vie, de celles de ses proches et de ses défenseurs, et les assurent de leur prière fervente. Si Asia Bibi parvient à quitter son pays, elle devra vivre dans la clandestinité car les menaces de mort de la chrétienne ne s’arrêtent pas aux frontières du Pakistan. C’est ce qu'explique Marc Fromager, le directeur de l’Aide à l'Eglise en Détresse.

Aujourd’hui l'avocat d'Asia Bibi, qui ne bénéficie d'aucune protection policière, a décidé de quitter le pays. Il se trouve aux Pays-Bas alors que sa famille est encore au Pakistan, dans la clandestinité. Les menaces de mort à l’égard des défenseurs de la chrétienne sont une réalité. Deux personnalités politiques de premier plan en ont fait les frais : le gouverneur du Pendjab, qui avait pris la défense d'Asia Bibi, a été assassiné , tout comme le ministre des Minorités religieuses, le catholique Shahbaz Bhatti.
 

Les dernières émissions