Beaumarchais

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Un mot, un jour

jeudi 10 octobre à 8h55

Durée émission : 4 min

Un mot, un jour

S’il y a un homme dont l’existence fut un grand roman, homme d’action, de réflexion, et que nous a superbement décrit Éric Orsenna dans son dernier ouvrage, c’est bien sûr Beaumarchais

Beaumarchais ou plus précisément Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, né en 1742, et s’éteignant presque à la naissance du XIXe siècle, en 1799. Eh bien ce matin, c’est en partant de son nom que j’ai arpenté nos dictionnaires, un nom qui à lui seul fait surgir un vocabulaire qu’il savait faire rayonner avec une efficacité et un naturel stupéfiants.

En fait, on ne peut pas rédiger un dictionnaire de langue française sans rencontrer Beaumarchais surgissant avec efficacité pour tel ou tel mot. Beaumarchais est un dictionnaire à lui tout seul….

BEAUMARCHAIS À SA FAÇON EST UN CRÉATEUR DE MOTS OU D’USAGES

Créateur de mots forcément ne serait-ce que par son personnage, Figaro, dans lequel on retrouve tous une partie de nous-mêmes, et qui va entrer dans la langue dès 1834, en tant qu’entremetteur, à la fois adroit et pas par trop scrupuleux… mais si utile ! Et puis, attesté en 1867 et témoignant de l’influence de Beaumarchais auprès de tous, le mot va passer en argot, fort du Barbier de Séville joué en 1775, en devenant synonyme plaisant de coiffeur. On lit par exemple déjà chez Jules Verne dans le Tour du Monde en quatre-vingts jours qu’« étant entré chez un barbier chinois pour se faire raser à la chinoise, il apprit par le figaro de l’endroit » quelques détails utiles.

Mais au-delà de cette antonomase réussie –-désigner en l’occurrence un type d’homme ou de métier par un personnage, Figaro –, rechercher par exemple « Beaumarchais » dans le Trésor de la langue française, c’est d’emblée le faire surgir soixante fois pour des mots très précis dont il offre les meilleurs emplois. Par exemple le voilà écrivant en 1793 qu’il reprend une affaire ab ovo, entendons à la naissance.

Ou encore dans sa foisonnante correspondance, en 1799, peu avant de disparaître on le surprend écrivant à Monsieur le Comte de Maurepas, que ce dernier lui a toujours montré « que loyauté, douce-protection et franche adjuvance », une aide fidèle. On n’a trop peu de temps ici pour passer en revue la soixantaine de mots relevés, mais il y en a un cependant à ne pas oublier qui touche particulièrement les journalistes.

Eh bien il s’agit du mot « responsabilité » magnifiquement défini par l’Académie française dans la dernière édition de son dictionnaire, gratuite sur Internet : « Obligation qu’a une personne de répondre de ses actes, de les assumer, d’en supporter les conséquences du fait de sa charge, de sa position. » C’est de fait un mot du XVe siècle, qui était devenu très rare, et que Beaumarchais sût utiliser avec panache dans un courrier du 1er mai 1776 adressé à son éditeur : « Pour votre responsabilité de journaliste, Monsieur l’Éditeur, je signe ; mais pour vous seul, mon nom Caron de Beaumarchais ». En 1788, dans son Dictionnaire critique de la langue française, l’abbé Féraud attribuait le mot à Necker qui l’avait, écrit-il, lancé… Mais Beaumarchais l’avait précédé et c’est bien lui qui lui redonne toute sa vigueur et sa force symboliques. « Ce mot peut être utile en certaines occasions »… déclare petitement Féraud.

Assurément ! Aux journalistes, dans le sillage de Beaumarchais, de le faire ensuite et alors vibrer à bon escient. Merci Monsieur Caron de Beaumarchais. Et Monsieur Orsenna.

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Jean Pruvost, lexicologue passionné et passionnant vous entraîne chaque matin dans l'histoire mouvementée d'un simple mot !  

Le présentateur

Jean Pruvost

Chroniqueur de langue à RCF depuis 2011, Jean  choisit chaque jour un mot de l’actualité, pour l’intense plaisir d’en partager la saveur, en ouvrant les dictionnaires de sa bibliothèque qui en compte dix mille… Explorer ensemble les mots, c’est construire des harmonies. Jean aime aussi marier les mots et les notes sur sa guitare.