Biodiversité : "Vous savez comme nous ce qu’il y a à faire. Nous le voulons alors faites-le."

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La chronique Écologie

mardi 14 mai à 7h20

Durée émission : 3 min

La chronique Écologie

Alors que la biodiversité est en danger, il y a tout de même de bonnes nouvelles, notamment le sauvetage des faucons pèlerins en France.

C’est le printemps, votre métier c’est de compter les oiseaux, on nous dit qu’ils disparaissent : est-ce qu’il y a des bonnes nouvelles ?

Il y en a. En ce moment c’est la saison de l’envol des jeunes Faucons pèlerins. On les observe sur les falaises ou dans les nichoirs sur une église ou un pylône, ils battent des ailes et un jour ils font le grand saut. C’est une espèce très emblématique de l’état de la biodiversité. Il y a 40 ans elle était au bord de l’extinction en France. Grâce à un énorme effort de protection elle a été sauvée, on a interdit certains pesticides qui l’empoisonnaient par l’intermédiaire de ses proies, protégé les nids des braconniers, posé des nichoirs, et maintenant on la retrouve jusqu’en ville. Ça, c’est la bonne nouvelle, c’est la preuve que la biodiversité a encore de la ressource quand on relâche la pression sur elle. On a pu faire ça pour quelques espèces. C’est un peu un travail de pompier. Pour le Faucon pèlerin on a contrôlé l’incendie. Mais il continue de plus belle pour la majeure partie des espèces, en France et ailleurs.
 

Mais si on a réussi à sauver le Faucon pèlerin, c’est bien qu’on a la recette.

Techniquement parlant, on a la recette. Quand les spécialistes parlent de crise d’extinction, on leur reproche de prophétiser le pire sans proposer de solution. Mais les solutions, elles sont connues. Elles sont très concrètes, c’est planter des haies, favoriser les insectes, garder des vieux arbres et du bois mort, tondre moins souvent le gazon, recréer des berges naturelles aux cours d’eau etc. Tout ça a été testé avec les scientifiques, les agriculteurs, les gestionnaires d’espaces verts, les particuliers pendant des années. On sait faire, on sait avec qui le faire, on le fait, et localement ça marche. Le problème c’est qu’on n’a jamais déployé ces mesures de manière assez vaste pour que ça marche à l’échelle du pays et que la vie sauvage arrête de disparaître. Là, c’est un problème de volonté politique et de société.
 

Est-ce qu’on arrive au début d’une prise de conscience à la bonne échelle ?

Ce n’est pas gagné puisque le gouvernement continue à produire des lois qui vont dans le sens de simplifier le bétonnage. C’est comme pour sauver le faucon, ça n’arrivera pas tout seul. Un rapport à l’espace et au temps qui respecte la biodiversité, ça se construit dans son jardin mais aussi en conseil de quartier, en consultation publique, dans les urnes, et aussi dans la rue. Il faut que les décideurs économiques et politiques sachent que c’est une priorité des citoyens. Faisons comme Greta Thunberg avec le climat, répétons-leur : vous savez comme nous ce qu’il y a à faire. Nous le voulons alors faites-le. L’avantage avec la biodiversité, c’est que les résultats concrets peuvent arriver plus vite. Il suffit de rien pour voir revenir des bourdons ou des papillons.

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Le présentateur

Johannes Herrmann

Johannes Herrmann (Cyrille Frey de son vrai nom) est ornithologue. Membre de l'association Oeko-logia, il contribue à la revue Limite. Il est l'auteur, avec sa femme Mauhaut Herrmann, d'un essai sur la biodiversité "La vie oubliée - Crise d'extinction : agir avant que tout s'effondre" (coll. À la limite, éd. Première Partie, 2018).