Boeing dans la tourmente

Présentée par

S'abonner à l'émission

La chronique Économie

jeudi 14 mars à 7h20

Durée émission : 3 min

La chronique Économie

Vincent de Féligonde analyse dans sa chronique économie les conséquences de l'arrêt des vols de Boeing 737.

00:00

00:00

Donald Trump a annoncé hier soir l’interdiction en urgence de tous les vols de Boeing 737 Max 8 et Max 9…

Oui. Le président américain rejoint ainsi les autorités aériennes de nombreux pays, qui ont cloué au sol la version modernisé du moyen-courrier Boeing 737, l’avion le plus vendu au monde avec plus de 10 000 exemplaires.

Depuis l’accident dimanche d’un Boeing 737 Max d’Ethiopian Airlines, qui a fait 157 morts, la Chine, une grande partie de l'Asie puis les pays européens, puis le Canada hier avaient décidé d’interdire le survol de leur espace aérien par cet appareil. Seuls les Etats-Unis, pays d’origine de Boeing, estimaient n’avoir pas assez d’éléments pour prendre ce type de décision, rarissime dans l’histoire de l’aviation civile et inédit pour modèle récent.

Pourquoi est-ce différent cette fois ?

C’est le deuxième accident en moins de six mois pour cet appareil mis en service en mai 2017. En octobre dernier, 737 Max d’une compagnie indonésienne s’était abimé en mer avec 189 passagers. Chaque fois, ces catastrophes ont concerné des appareils de moins de trois mois, peu après leur décollage. Selon le ministre canadien des transports des images satellites ont montré que leur profil de vol était assez semblable.

Qu’a-t-il pu se passer ?

L’enquête pour le premier accident a révélé des dysfonctionnements dans un logiciel destiné à éviter un décrochage de l’avion. Une technologie nouvelle installée sur les B 737 Max en raison de moteurs plus lourds et situés plus à l’avant de l’appareil.

Plusieurs pilotes américains avaient d’ailleurs rapporté fin 2018, sur une base de données anonyme de la Nasa, des incidents rencontrées aux commandes de l’appareil, notamment après un mise sous pilote automatique. L’avion s’était placé en piqué, comme s’il voulait éviter un décrochage. 

Pendre l’avion, c’est dangereux…

Non, Stéphanie. Les catastrophes font beaucoup parler d’elles, mais le transport aérien affiche l’un des plus hauts niveaux de sécurité lié à une activité humaine. En 2017, il y a eu zéro mort dans le monde pour les avions commerciaux de plus de 20 places.

L’interdiction de vol peut-elle perturber le transport aérien ?

Non. Seulement 370 B 737 Max volent dans le monde aujourd’hui. Cela représente moins de 2% des quelques 19 000 avions de plus de 100 passagers en service au niveau international, tous modèles confondus. Et si le problème est seulement lié à un logiciel, sa résolution devrait être une question de mois. Si c’est plus grave, cela pourrait handicaper Boeing.

Quelles peuvent en être les conséquences ?

Commandé à plus de 5000 exemplaires, le 737 Max est un modèle clé pour Boeing, qui a fêté son centenaire il y a trois ans. Il représente environ 80% de son carnet de commande. Il doit lui permettre de rattraper son retard sur son grand concurrent européen Airbus, dont le moyen-courrier de nouvelle génération, l’A320 Neo, est sorti un an plus tôt. Ces avions de nouvelle génération permettent d’économiser 15 à 20% de carburant par rapport aux modèles précédents. 

C’est donc une bonne nouvelle pour Airbus…

Pas vraiment. Le groupe européen sort plus de 60 A320 Neo de ses chaines chaque mois. Il est à la limite de la rupture, tout comme ses sous-traitants. Il ne lui est pas possible de produire plus. Quant au C919 du chinois Comac, qui doit concurrencer les A320 européens et les B737 américains, ses premières livraisons ne devraient intervenir que dans deux ans.

Les dernières émissions

L'émission

Le jeudi à 7h20

Avec Vincent de Féligonde, l'actualité économique expliquée chaque jeudi.

Le présentateur

Vincent de Féligonde

Vincent de Féligonde est le chef du service économique et social au journal La Croix.