Boris Johnson pris sur le vif

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L'image de la semaine

vendredi 18 octobre à 8h52

Durée émission : 3 min

Boris Johnson pris sur le vif

© Leon Neal/Getty Images

La photo est un peu floue, prise à la dérobée : Boris Johnson, le premier ministre anglais, y apparaît derrière les grilles du 10 Downing Street

Ce n’est pas une photo volée. Ceux et celles qui ont eu la chance de visiter Londres le savent : le 10 Dowing Street est surveillée. Il y a une grille à l’entrée de la rue, et les journalistes doivent montrer patte blanche pour y pénétrer, se poser en face de la porte du Premier Ministre et attendre qu’il sorte pour capter une déclaration, saisir une image, immortaliser une poignée de main. Impossible de se planquer là derrière un buisson…

UNE PHOTO QUI SEMBLE PRISE PAR UN PAPARAZZI 

La composition de l’image, la composition de l’image ! Au premier plan, des grilles floues raturent l’image verticalement. Ce qu’on évite naturellement dans les photos d’actu. Au deuxième plan, une carrosserie de voiture bleue, avec son pare-brise, ses reflets : elle occupe une bonne moitié de l’image. Pareil : aucune info importante ne nous est donné avec cette voiture, d’habitude, on la laisse hors champ. Au quatrième plan, d’autres grilles, qui ne se confondent pas avec les premières et qui hachent elles-aussi l’image. Et au dernier plan, des fenêtres, avec des rideaux.

Au troisième plan, on a le visage du premier ministre britannique. Je dis le visage, car son corps est caché par la voiture. On ne voit que sa tête, ses cheveux hirsutes. Et ses yeux, qu’il plante dans les nôtres. C’est pour cela qu’on croit à une photo volée : le sujet nous regarde, comme s’il était surpris d’être pris en photo. Il jette un œil amusé au photographe, comme pour lui dire « bien joué, tu m’as attrapé ». Et le photographe joue le jeu : il a cadré cette image n’importe comment, comme s’il venait juste de lever son objectif vers lui, attrapant à la seconde Boris Johnson.

Cette photo me semble parfaitement représenter la situation. Comment montrer le flou qui entoure les négociations autour du Brexit ? Il n’y a rien de photogénique dans un tel moment. Des hommes en costume qui se serrent la main, qui se tiennent alignés sur des parvis ou devant des drapeaux. Rien qui ne retienne l’attention. Là, le photographe Leon Neal a capté cette scène au moment où Boris Johnson quittait ses appartements pour Bruxelles. Rien de fou. Mais en composant ainsi son image, il met en lumière le côté mystérieux d’une négo dont on ne comprend pas vraiment les ressorts, ni le contenu. Elle montre aussi le côté insaisissable d’un Premier ministre dont on ne comprend pas l’agenda. Il a conclu un accord hier avec les Européens, nous dit-on. Mais dès demain, son parlement va voter contre… Alors quoi ? On joue un peu au chat et à la souris, une sorte de poker menteur. Et cette photo, qui saisit un regard matois, mais dans une mise en scène bien calculée, cristallise bien ce moment.

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Le vendredi à 8h52 et 15h15

Chaque vendredi dans la Matinale RCF, David Groison commente une photo de presse.

Le présentateur

David Groison

David Groison est rédacteur en chef du magazine Phosphore, édité par Bayard et destiné aux 14-19 ans. Il est également directeur des titres ados du groupe (Okapi, I love English) Il est enfin l'auteur de plusieurs ouvrages sur la photo chez Actes Sud Junior (Prises de vue, l'histoire vraie des grandes photos). Le matin, il a toujours une petite goutte de sueur au front : été comme hiver, il vient au studio à vélo. @DavidGroison