Bouger

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Un mot, un jour

lundi 25 novembre à 8h55

Durée émission : 4 min

Un mot, un jour

Il y a des verbes qu’on utilise quotidiennement, mais dont l’origine nous étonnerait et peut-être même alimenterait notre imagination si on la connaissait

C’est le cas du verbe « bouger », dont certes on retient des emplois fréquents du type « Arrête de bouger, tu me fatigues » ou « ne bougez plus, pour la photo » Et puis « bouge-toi de là… » Alors d’où vient ce verbe ?

AU MOMENT OÙ DIT-ON, ON NE BOUGE PLUS ASSEZ, C’EST VRAI QU’ON A BESOIN D’ÊTRE STIMULÉ. ALORS PEUT-ÊTRE EN COMMENÇANT PAR L’ORIGINE DU MOT ?

Peut-être, encore que le sujet est brûlant… puisque le verbe « bouger » est tout simplement issu du latin bullire, signifiant pour l’eau le fait de « bouillonner » qui a donné en latin populaire bullicare, lequel par érosion phonétique a donné, attesté vers 1150, le verbe « bougier », se remuer. Il s’agit donc de la transposition de l’eau qui frémit puis bouillonne, au fait de s’agiter et donc de bouger, second sens déjà présent en latin.

Et, c’est paradoxalement un sens qui n’a pas vraiment « bougé » depuis son apparition. Pourtant dès qu’il apparaît dans un dictionnaire c’est avec un emploi grammatical particulier. Je lis l’article de Richelet en 1680. « Bouger. Il ne se met point sans négative, & il signifie se tenir en la place où l’on est », et en fait ce qui est défini c’est « ne pas bouger ». L’exemple donné est d’ailleurs presque drôle : « Il ne bouge qu’avec les dames ». Entendons, il se lève. Même consigne chez Furetière : « Se remuer, changer de lieu Il ne s’emploie qu’à la négative. »

Ainsi précise Furetière, « on dit, à ceux qui se lèvent pour vous donner leur place : Monsieur, ne bougez ». Au XVIIe, Marguerite Buffet, grammairienne à ne pas oublier et que j’aime donc valoriser, trouvait par exemple que « bouger d’un lieu étoit un terme fort rude » constatant cependant que « les souverains » s’en servaient. C’est au XVIIIe que l’usage actif, fut enfin admis. Alors vive les bougillons !

LES BOUGILLONS ? C’EST UN MOT QUI EXISTE ?

Eh bien oui attesté en 1834, venant de Suisse, il désigna les adultes ou enfants qui bougent tout le temps, à partir d’un verbe qui était en usage en Suisse, bougiller. Soyons donc bougillons, quittons les tablettes, les écrans, et bougez-vous les enfants, nous aussi, les moins jeunes. D’ailleurs, là, Stéphanie, j’ai soudain la bougeotte, j’ai envie de bougiller un tantinet en courant dans les couloirs. C’est bon pour la santé.

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L'émission

Du lundi au vendredi à 8h55

Jean Pruvost, lexicologue passionné et passionnant vous entraîne chaque matin dans l'histoire mouvementée d'un simple mot !  

Le présentateur

Jean Pruvost

Chroniqueur de langue à RCF depuis 2011, Jean  choisit chaque jour un mot de l’actualité, pour l’intense plaisir d’en partager la saveur, en ouvrant les dictionnaires de sa bibliothèque qui en compte dix mille… Explorer ensemble les mots, c’est construire des harmonies. Jean aime aussi marier les mots et les notes sur sa guitare.