Budget européen, la fin des vaches sacrées

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La chronique Europe

vendredi 12 janvier à 7h12

Durée émission : 3 min

La chronique Europe

Aujourd’hui, nous souhaitons évoquer une question qui fâche : l’argent. Et plus précisément le budget européen…

Un sujet explosif ! Dans la liste de vœux de Jean-Claude Juncker aux chefs d’états pour la nouvelle année figure assurément le souhait d’une discussion apaisée sur le défi de l’année. Non, ce n’est pas le Brexit, les migrations ou la gestion de la zone euro, c’est le budget ! En langage bruxellois, le cadre financier pluriannuel. Et sincèrement, pour le commun des mortels eurocrates c’est un OVNI : objet vulnérable non identifié !

Ce budget couvre 7 années exactement. On se met d’accord sur un pourcentage du PIB des états qui en sont les contributeurs. Le prochain cadre s’appliquera à partir de 2021 mais sera présenté en mai de cette année pour être validé par le Parlement européen et les Etats avant les prochaines élections européennes. Le délai est serré surtout qu’il y a un défi de taille, le départ des britanniques ampute de 10% les perspectives financières. La Commission européenne a rappelé lundi que le Brexit coûtera entre 12 et 14 milliards d'euros par an après la période de transition. Aucune décision pour le moment pour compenser, mais ils réfléchissent à 6/7Mds€ d'économie, et 6/7Mds€ d'argent nouveau…

Argent nouveau, ou contribution plus importante des états européens ? C’est tout l’enjeu du débat. Si l’on en reste au pourcentage de 1% du PIB des Etats, cela signifie que le budget global baisse de 10%. Il faut donc que les contributions des états augmentent pour compenser cette perte. La Commission pourrait proposer 1,1%. Le Parlement européen appelle à plus d’ambition et d’augmenter à  1,23% les engagements nationaux. Ce sera une bataille de chiffonniers car chacun voudra montrer à son opinion publique nationale qu’il a gagné et que son pays récupère plus d’argent qu’il ne donne. C’est donc les logiques qu’il faut changer.

Cela reste un exercice comptable si l’on fait la même le chose que depuis 25 ans : un budget copié collé et on bricole à la marge. Mais avec le brexit ce n’est plus possible. Bas les masques donc, et en pratique cela veut dire que tous les programmes européens vont subir des coupes à l’exception d’erasmus et de la recherche.

Enfin, la politique entre en ligne de compte pour utiliser les transferts financiers comme moyen de pression. Par exemple, les fonds de cohésion pourraient être lié au respect de l‘état de droit ou à la mise en oeuvre des quotas de réfugiés. Quand l’aide européenne représente environs 3% de votre PUIB comme en Pologne, cela vous fait réfléchir !

En résumé, il n’y a plus de tabou. D’après certaines indiscrétions, même Paris serait prêt à lâcher du lest sur la Politique agricole commune, 1ere dépense budgétaire européenne. Si même la PAC n’est plus une vache sacrée… La foire d’empoigne promet d’être animée ! 

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Le présentateur

Charles de Marcilly

Spécialiste des affaires européennes depuis plus de dix ans, Charles de Marcilly est le responsable du bureau de Bruxelles de la Fondation Robert Schuman.