CETA, Mercosur: l'été des grands accords commerciaux

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La chronique Économie

jeudi 4 juillet à 7h20

Durée émission : 3 min

La chronique Économie

Le gouvernement français a donné hier son feu vert à la ratification par l’Assemblée nationale du CETA, le traité de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada.

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Une décision qui intervient en pleine polémique sur le traité conclu vendredi avec les grands pays de l’Amérique latine regroupés dans le Mercosur. La coïncidence de date remet cette question des traités commerciaux au cœur des débats : sont-ils des sources de développement économique et de concorde entre les peuples, comme le défendent les libéraux, ou favorisent-ils le moins disant social et environnemental comme le critiquent leurs détracteurs ? La question est intéressante, mais très complexe.

Peut-on par exemple tirer d’ores et déjà un bilan du Ceta ?

C’est un peu tôt car il est entré en vigueur pour l’essentiel en septembre 2017, il y a bientôt deux ans. En matière de commerce extérieur, le bilan est à ce stade positif pour la France : nos exportations vers le Canada ont augmenté de 7%, alors que les importations baissaient d’autant. Résultat, l’excédent commercial français avec le pays nord-américain a été multiplié par 9, à 450 millions d'euros.

Et l’invasion de bœuf canadien, redouté par nos agriculteurs, n’a pas eu lieu : alors que l’Union européenne avait ouvert un contingent de 45.000 tonnes, seules 365 tonnes ont été importées. Cent vingt fois moins… Explication : les producteurs canadiens n’ont pas su s’adapter aux exigences européennes, qui refusent notamment la viande aux hormones de croissance.
 

Le Ceta, c’est une exception…

Non. Cette évolution favorable aux exportateurs européens a aussi été constatée avec la Corée, qui avait ouvert la voie en 2016 en matière de nouveaux accords commerciaux. Le déficit commercial de l’Union avec ce pays qui atteignait 10 milliards d’euros, a été transformé en excédent de 5 milliards.
 

Avec l’accord sur le Mercosur, l’évolution ne sera-t-elle pas différente. Le Brésil ne va-t-il pas nous expédier du bœuf nourri au soja transgénique ?

A priori, non. Il est vrai que l’accord ouvre la porte aux bœufs en provenance du Mercosur. Mais il prévoit explicitement que les exportations du Brésil, de l’Argentine, de l’Uruguay et du Paraguay devront respecter les règles phytosanitaires et sanitaires en vigueur dans l’Union européenne. Ces pays s’engagent par ailleurs à respecter 357 indications géographiques protégées européennes. Et dans le traité, un chapitre sur le développement durable évoque "le respect des droits des travailleurs et la conservation des forêts et fait une référence explicite à l’accord de Paris sur le climat".
 

N’est-ce pas naïf ?

Pas nécessairement. Comme l’expliquait mardi dans La Croix Michel Fouquin, professeur à la Catho de Paris, le traité avec le Mercosur est un compromis. Sans lui, l’Union européenne n’aurait pas de moyens de pression, ni de cadre de référence pour négocier en cas de difficultés. Le Traité cela permettra peut-être de faire réfléchir Jair Bolsonaro, le président brésilien, à deux fois avant de mettre en place certaines mesures qui seraient contraires à l’esprit de l’accord.

Ça a d’ailleurs été le cas le week-end dernier lors de la réunion des 20 pays les plus industrialisés du monde, le G20, à Osaka, au Japon. Malgré les pressions de Donald Trump, et surtout le fait qu’il est tout à fait d’accord avec lui, le président brésilien d’extrême droite a signé l’accord final qui faisait référence au réchauffement climatique et à l’accord de Paris lors de la Cop 21. Résultat, Trump s’est retrouvé tout seul.

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Le présentateur

Vincent de Féligonde

Vincent de Féligonde est le chef du service économique et social au journal La Croix.