COP24 : le luxe du déni face au réchauffement climatique

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La chronique Écologie

mardi 4 décembre 2018 à 7h20

Durée émission : 3 min

La chronique Écologie

Alors que la COP24 s'ouvre en Pologne, Cyrille Frey appelle à une réflexion mondiale des conséquences de la pollution sur les hommes et les territoires.

Une COP24 qui ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices…
 
Non. Il y a trois ans la COP21 faisait l’objet d’une médiatisation conséquente, et pas qu’en France, elle suscitait l’espoir. Depuis, les attentats et les derniers épisodes de la crise économique sont passés par là et aujourd’hui on se retrouve déjà au numéro 24 sans que rien n’ait changé ou presque. Il ne va y être question que d’équilibre international comme s’il s’agissait d’un de ces sommets où les puissants se partagent le monde, une de ces confrontations idéologiques style guerre froide, alors que c’est un chantier qui devrait tous nous unir !

Est-ce qu’il n’est pas logique que les pays les plus pauvres aient d’autres priorités ?
 
Paradoxalement non, et de fait, ça fait partie de leurs priorités du moins pour certains ! J’ai eu la chance d’assister à la conférence LaudatoSi 18 organisée début juillet au Vatican avec des représentants engagés du monde entier. Des chrétiens du Kenya ou d’Inde ont témoigné que ce qui inquiète la jeunesse de leur pays, c’est la pollution et les conséquences du réchauffement climatique. D’autres venus de diverses îles du Pacifique voient littéralement leur pays englouti. Pour des raisons disons géophysiques, ces territoires sont plus fragiles, plus exposés aux ouragans ; les sols y sont plus minces donc plus sensibles à l’érosion, la déforestation signifie la perte rapide du sol pour la culture.

L’urgence écologique, climatique mais pas que, se manifeste beaucoup plus durement dans ces pays que chez nous où les climats tempérés ont une plus grande inertie. La crise écologique c’est une hypothèque énorme pour toute forme de développement. Et d’ailleurs lors de la même conférence les représentants de ces pays ont montré comment ils agissaient pour s’unir, dans le bassin de l’Amazone, ou du fleuve Congo, pour lutter contre la déforestation par exemple.
 
Mais les scientifiques prédisent l’apocalypse, ils répètent tous les ans que c’est la dernière année, et finalement est-ce que c’est si catastrophique ?
 
Tous les ans, on réduit aussi l’ambition de limiter le réchauffement ! On a parlé d’1,5°C, aujourd’hui on dit que 2 ça va être dur, et la catastrophe, elle est déjà sur nous. La banquise fond à une vitesse jamais vue, la montée des eaux menace dans le Pacifique ou dans l’océan Indien. En Inde, on a des sécheresses à répétition avec une agriculture déjà économiquement fragile, c’est une tragédie humaine avec 40 suicides d’agriculteurs par jour. En Afrique, la désertification jette les migrants sur les routes. D’un bout à l’autre du monde la crise écologique vient aggraver tous les déséquilibres existants. Mais à ce rythme ce sont les pauvres qui nous donneront des leçons. C’est nous qui nous payons le luxe du déni.

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Le présentateur

Johannes Herrmann

Johannes Herrmann (Cyrille Frey de son vrai nom) est ornithologue. Membre de l'association Oeko-logia, il contribue à la revue Limite. Il est l'auteur, avec sa femme Mauhaut Herrmann, d'un essai sur la biodiversité "La vie oubliée - Crise d'extinction : agir avant que tout s'effondre" (coll. À la limite, éd. Première Partie, 2018).