Coronavirus et colère de Gaïa

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La chronique Écologie

mardi 24 mars à 7h20

Durée émission : 3 min

Coronavirus et colère de Gaïa

Et si la pandémie était une écopunition divine, ou un avertissement de la Terre? Cette idée tourne sur les réseaux sociaux depuis quelques jours, pourtant elle semble tout à fait païenne.

C’est l’inévitable approche façon fond des âges et foudres de Jupiter ou destruction de Sodome. L’épidémie, calamité à l’ancienne par excellence, rencontre les discours critiques sur nos sociétés modernes et cela produit ce genre de discours aux allures un peu archaïques. Nous aurions offensé la déesse Terre et celle-ci se vengerait. Mais à mon avis cette approche vaut mieux que ce genre de caricature.

C'est une vision qui sent le paganisme ou une approche chrétienne mal digérée. Quand on voit quelqu’un prendre des risques bêtes et se casser le nez, on dit parfois "c’est le bon Dieu qui t’a puni" sans que ce soit au premier degré. Peu de gens font vraiment de la planète une divinité. La fameuse hypothèse Gaïa tant mentionnée pour réduire l’écologie à un néopaganisme, ce n’est pas ça du tout : c’est plutôt une métaphore pour rendre compte du constat scientifique que la planète se comporte quasi comme un organisme unique, tant il y a d’interactions et de rétroactions au sein des systèmes vivants et non-vivants.

Ce n’est pas une religion, c’est une modélisation. Nous savons comme l’a souligné Mgr Michel Aupetit dans son homélie de dimanche, que nous avons une vraie responsabilité dans ces catastrophes dites naturelles, que la déforestation et le trafic d’animaux sauvages augmente le risque d’épidémie tout comme le réchauffement climatique augmente le risque de cyclones.

Dans ces discours, il y a quelque chose de profondément vrai à retenir, c’est que nos actes déclenchent, par des phénomènes physiques, biologiques, pas du tout surnaturels, des conséquences funestes. C’est un appel à éviter les discours trop faciles sur les coups du sort et les "rien ne pouvait prévoir" pour regarder en face notre responsabilité. Donc derrière des apparences irrationnelles, une démarche plutôt raisonnable.

À condition d’être très rigoureux et de s’en tenir à la réalité. On ne connaît pas l’origine exacte de ce coronavirus. Si on se mettait à crier à la revanche de Gaïa sans avoir établi de causalité sur le plan biologique, climatique, là on serait dans l’irrationnel. Cela dit, personne n’envisage de rouvrir des temples à la déesse Terre pour lui sacrifier des vierges, je ne suis pas trop inquiet là-dessus.

Personne ne parle de planète qui se venge lors des tremblements de terre par exemple. Mais si derrière une métaphore on parle de mieux respecter la terre de façon concrète, de connaître le vivant en profondeur, ses interactions, ses fragilités, pour le faire fructifier sans le violer, là ce discours est rationnel et constructif. Beaucoup plus que de tout renvoyer à la faute à pas de chance, attitude qui, elle, nous laissera tout aussi démunis face au prochain coup.

 

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Le présentateur

Johannes Herrmann

ornithologue, auteur avec Mahaut Hermann de La Vie Oubliée Crise d’extinction Agir avant que tout s’effondre Edition Première partie Membre de la rédaction de la revue Limite http://revuelimite.fr/ sur Twitter : @Taigasangare