Coronavirus: tirer des leçons de l'épidémie Ebola

Présentée par PR-20053

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L'édito d'Isabelle de Gaulmyn

lundi 30 mars à 7h55

Durée émission : 3 min

Coronavirus: tirer des leçons de l'épidémie Ebola

© Baudouin de Guillebon / RCF

Isabelle de Gaulmyn nous invite à la lecture d'un roman qui met en scène des personnages africains durant l'épidémie Ebola. Un roman inspirant en ce temps de confinement.

Puisque nous avons le temps de lire, je voulais vous recommander un roman, En compagnie des hommes, de Véronique Tadjo, (éd. Don Quichotte). Un roman qui parle, non pas du coronavirus, mais de Ebola. Drôle d’idée pour se changer les idées, allez-vous me dire ! Justement, ce livre formidable publié en 2017, vous permettra de mettre un peu de distance avec notre actualité. Non pas de relativiser, car on ne relativise rien quand on parle de maladie et de mort, mais de montrer que ce que nous traversons a été vécu, bien plus fort et plus terriblement, par d’autres que nous, il n’y a pas si longtemps que cela, entre décembre 2013 et mars  2015, sur trois pays (Guinée, Libéria et Sierra Leone) causant la mort de 11000 personnes.

Certes, on avait tous entendu parler d’Ebola, mais lire ce roman, maintenant, alors que nous-même sommes confinés et confronté à une autre pandémie, prend tout son sens. Comme si l’Afrique pouvait nous donner, à travers ce livre, une leçon de sagesse, et surtout d’optimisme. Car la romancière, l’ivoirienne Véronique Tadjo, parvient à nous faire toucher des vérités profondes qui concernent toutes les sociétés humaines, face à de telles maladies. C’est un roman qui raconte la peur, la contagion, mais aussi la solidarité. Récit polyphonique, il donne la parole tour à tour aux acteurs de ce drame, une mère qui meurt, un médecin, un coopérant venu de l’occident, un guérisseur, mais aussi le baobab du village, la chauve-souris qui a transmis le virus, et même le virus lui-même !

Face à cette maladie qui déshumanise, interdisant progressivement tout contact, forçant à renoncer à soigner ses proches, seules la solidarité et l’entraide, celle de ces héros du quotidien que raconte le roman, vont permettre de s’en sortir. Comme le dit le virus "ce n’est pas la science ni l’argent qui m’ont fait reculer, alors que j’étais près du but. Non, ce sont les gens ordinaires qui petit à petit ont compris qu’ils seraient plus forts s’ils pensaient ensemble, travaillaient ensemble, luttaient ensemble au-delà de leurs intérêts immédiats et de leurs douleurs personnelles".

Une victoire que dans le dernier chapitre le baobab raconte avec ses mots, que j’avais envie de vous lire, parce qu’ils font du bien : "à la télévision on voit le président dans son grand bureau, faire le V de la victoire. Il y a des docteurs en combinaison de cosmonaute, des infirmières en tenue bleue, des militaires en treillis, des écoliers en uniformes et de commerçants devant leurs étalages qui se déhanchent, virevoltent, sautillent et tapent des mains en exécutant les pas de la "danse Azonto". Ils s’arrêtent par moments, et se serrent la main en riant, ce geste simple qui était interdit quand l’épidémie faisait rage. Ils vont pouvoir s’embrasser de nouveau. Ils vont pouvoir s’étreindre et se toucher. C’est fini, c’est fini". Le baobab appelle cela l’heure de la tendresse retrouvée. Je nous souhaite à nous tous de retrouver, nous aussi, un jour, dans un mois, six semaines, cette heure de la tendresse.

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