"Des hommes" de Lucas Belvaux, se souvenir de la guerre d'Algérie

Présentée par PR-30344

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La chronique Cinéma

mercredi 2 juin à 8h52

Durée émission : 3 min

"Des hommes" de Lucas Belvaux, se souvenir de la guerre d'Algérie

© "Des hommes" de Lucas Belvaux

​Valérie de Marnhac présente le film "Des hommes" de Lucas Belvaux qui a pour toile de fond la guerre d'Algérie.

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"Les évènements d’Algérie", comme on les a officiellement appelés jusqu’en 1999, ont souvent servi de toile de fond au cinéma. C’est le cas par exemple dans "Les Roseaux Sauvages" d’André Téchiné ou même dans la comédie musicale des "Parapluies de Cherbourg", sorti en 1964. Mais peu de films ont embrassé toute la complexité de cette guerre, et Lucas Belvaux la restitue ici en retraçant le parcours intime de Bernard, Rabut et Février, des jeunes appelés projetés sans s’y attendre dans ce qui deviendra "la sale guerre".

Le film commence par un plan noir, avec quelques étincelles qui s'échappent d'un feu dans une cheminée. C’est une belle métaphore visuelle de ce qui couve encore aujourd’hui, et qui est prêt à embraser les esprits à la moindre occasion. C’est le point de départ du film. 40 ans après la fin de la guerre, Bernard dit "feu de bois" – joué par Gérard Depardieu- est devenu un ours solitaire et raciste, et il vit à l’écart du village où habitent sa sœur Solange (jouée par Catherine Frot) - la seule à laquelle il exprime encore un peu de tendresse-, et son cousin Rabut (Jean-Pierre Darroussin) avec qui il a été soldat. Le temps d’une nuit, à la suite d’une altercation violente, ils remontent le cours de leurs souvenirs, de leurs rancœurs et des horreurs de la guerre.

Mais le film parle aussi de la jeunesse de ces années-là parce qu’avoir 20 ans en Algérie, pour de nombreux appelés, c’était découvrir le monde, le soleil de la Méditerranée, la mer, l’amour parfois. 

Dans le film, lors d’une permission, Bernard fait la connaissance de Mireille, la fille d’un riche propriétaire terrien. Et le point de vue du réalisateur cherche à comprendre les liens ambivalents, si difficiles à dénouer ensuite entre Français et Algériens, entre pieds-noirs et militaires, et bien sûr entre harkis et fellaghas. 

Le film est une adaptation du livre de Laurent Mauvignier dont il a gardé le titre. Il le suit dans sa construction en flash-backs, en multipliant un peu trop les voix-off à différentes époques du récit, mais qui restituent bien l’intériorité des personnages. Et qui nous montre comment l’absence d’un récit partagé au retour, a empêché les blessures de cicatriser. Pour l’historien spécialiste de cette époque, Benjamin Stora, la fiction contribue par l’imaginaire à faire avancer le travail de mémoire. Et c’est en mettant des images et des paroles sur une réalité tue que le cinéma aide "à rompre le consensus du silence".

Et puis une découverte, Yoann Zimmer, un jeune acteur qui joue Bernard à 20 ans. Il avait joué déjà dans quelques films dont le très beau "Rêves de jeunesse" d’Alain Raoust. Il incarne très bien Gérard Depardieu jeune, avec ce mélange de puissance contenue et de grande douceur. Il a même parfois un faux air de Guillaume Depardieu, son fils, assez troublant. 

Le film "Des hommes" de Lucas Belvaux sort en salles ce mercredi 2 juin.

Chronique réalisée en partenariat avec SIGNIS Cinéma

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Le présentateur

Valérie de Marnhac

Valérie de Marnhac est membre de l'association SIGNIS, pour qui elle anime des ciné-débats, et a participé aux Jurys œcuméniques des Festivals de Cannes, Fribourg, Téhéran... Elle est également conférencière pour le l’association venez et voyez www.venezetvoyez.fr