Des visages en plein coeur

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L'édito de Tugdual Derville

vendredi 16 février 2018 à 7h55

Durée émission : 3 min

L'édito de Tugdual Derville

​Avez-vous noté ce nouveau phénomène que je n’ose appeler « de mode » : des visages de personnes porteuses de trisomie 21 commencent à émerger dans l’espace public.

Dernier en date, Lucas, bébé américain de 12 mois, a été choisi par un jury de la marque d’aliments pour enfants Gerber, comme égérie 2018 ! Quel pari ! Et quel paradoxe ! Miser sur un bébé qui a un handicap chromosomique visible, entraînant presque toujours un handicap mental. On n’en croit pas ses yeux.

Il faut dire que l’innocence et la joie du petit Lucas sautent aux yeux comme au cœur. On peut supposer qu’il dopera les ventes, car les marques ne sont pas folles. Voilà en tout cas une belle publicité éthique.

J’espère que ce visage consolera des parents confrontés au choc de l’annonce de ce handicap et les aidera à faire le choix de la vie. On sait qu’en France, quand le diagnostic est posé avant la naissance, l’avortement est provoqué dans 96% des cas !

Changer son regard sur la différence, c’est peut-être l’impact visé par la belle couverture de l’édition néerlandaise du magazine Vogue en novembre dernier. Amanda Booth, célèbre mannequin, pose avec son fils Micah, adorable petit garçon de 3 ans porteur de trisomie 21. « Micah est une boule d’amour » a expliqué la maman sur les réseaux sociaux. Et la France n’est pas en reste : vous vous souvenez du rêve exaucé de Mélanie, jeune fille de 21 ans qui a présenté, comme invitée d’honneur, la météo de France 2, en mars 2017…

Restaurants, défilés de mode : un peu partout, des visages sortent la trisomie du tabou, de la mise à l’écart et du rejet. C’est comme si le vent avait tourné. Attention, ne nions pas la souffrance générée par la trisomie 21 : le handicap qu’elle provoque peut être très invalidant, pour les personnes concernées et leurs proches. Et source d’exclusion. Les dizaines d’articles qui sortent grâce à ces « premières » sont d’autant plus réjouissants.

Du coup, j’ose un souhait. Alors qu’on parle d’une intelligence artificielle des machines, face à laquelle chacun de nous pourrait vite se sentir mentalement handicapé, il est temps de valoriser d’autres formes d’intelligence que cette intelligence rationnelle, qui, d’ailleurs, n’empêche pas la stupidité de certains comportements. Ne négligeons plus les intelligences corporelles, relationnelles et spirituelles. Je peux témoigner que, bien souvent, en matière de justesse des gestes, d’ouverture de cœur et de sens du sacré, mes amis concernés par la trisomie 21 sont tout simplement… surdoués !

 

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