Du répit pour les soignants !

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L'édito du Père Antoine Guggenheim

lundi 17 juin à 7h55

Durée émission : 2 min

L'édito du Père Antoine Guggenheim

La grève des soignants met en lumière une nouvelle dimension : nous sommes devenus des sociétés du soin.

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La grève des soignants des services d’urgence de nos hôpitaux publics met en lumière une dimension nouvelle des sociétés modernes qui reste souvent dans l’ombre : nous sommes devenus des sociétés du soin. Quand on décrit les structures qui font vivre la société française, par exemple, on met en avant les structures politiques – parlement, gouvernement, justice –, les structures économiques – industrie, commerce, banque, etc. – et les structures culturelles – création, édition, diffusion, etc.

Ce sont les trois lieux de pouvoir et de développement classiquement étudiés pour comprendre une société et son histoire. Nous avons appris à leur adjoindre les médias, qui sont comme des chambres d’écho de l’opinion publique, dont le rôle va croissant dans les choix présents et dans la construction de l’avenir. Les trente dernières années nous ont rappelé qu’il faut leur ajouter les religions qui, bien que les plus anciennes des institutions et les plus atteintes dans leur pouvoir par la sécularisation, demeurent en raison de leur signification et de leur organisation, des lieux d’influence.

Mais les sociétés modernes ont récemment développé un autre type de structures, connues du passé mais dont l’importance était inconnue : les institutions médicales et, plus globalement, les structures de soin. A la fois en raison des progrès de la technologie, de l’amélioration des conditions de vie, du doublement, voire du triplement de l’espérance de vie, les structures de soin ont pris une place nouvelle et quasi essentielle au cœur de nos sociétés. Un signe en est que les questions qu’elles posent et les espérances qu’elles suscitent pénètrent toutes les sphères politique, économique, culturelle, religieuse, médiatique, etc. et les relient entre elles.

Est-ce que le soin serait devenu le projet et le programme commun de nos sociétés ? Leur raison d’être et leur mission ? Leur bien commun ? Le symbole de ce que nous nous souhaitons les uns aux autres et de l’engagement que nous sommes prêts à prendre les uns pour les autres, comme pour ceux qui vivent dans d’autres sociétés moins bien pourvues que la nôtre, et bien sûr soin de la planète, qui est notre bien commun le plus fondamental et notre responsabilité universelle ?

Oui et non. Oui, car le soin est l’espérance qui nous mobilise le plus ; non car ce projet a un prix, non seulement économique, mais aussi politique et spirituel que nous peinons à assumer. Un signe en est le caractère erratique des politiques de santé publique, dont la gestion, depuis quarante ans, signe nos inconséquences économiques voire notre hypocrisie éthique. Les premiers à en souffrir sont les personnels soignants d’aujourd’hui, mais aussi les plus fragiles d’entre nous en raison de l’âge ou de la dépendance.

Prendre soin des soignants et prendre soin des aidants. Une société de soin est aussi une société de l’émancipation et de la responsabilité. C’est ce que rappelle la fameuse apostrophe de Dostoïevski reprise par Levinas : "Nous sommes tous responsables de tout et de tous devant tous, et moi plus que tous les autres".

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Le présentateur

Antoine Guggenheim

Le Père Antoine Guggenheim est prêtre et chercheur. Il est cofondateur et directeur scientifique de l'association UP for Humanness. Il a fondé le Pôle de recherche du Collège des Bernardins (2008-2014). UP for Humanness est un réseau international de partenaires engagés pour mettre l’humain au centre de l’innovation dans l’éducation, l’entreprise, l’engagement social et la recherche.