Ecologie: "c'est pas moi, ce sont les autres"

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La chronique Écologie

mardi 18 juin à 7h20

Durée émission : 3 min

La chronique Écologie

Non, la France n'est pas une bon élève en matière d'écologie.

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Vous avez entendu dire que la France était finalement performante en écologique et ça ne vous a pas plu.

Je suis assez épouvanté, en effet, de voir surgir un nouveau discours qui est : nous, en France, nous sommes vertueux, ce sont d’autres pays, la Chine, l’Inde, d’autres pays d’Asie ou l’Afrique qui polluent. Nous n’aurions donc plus rien à faire, voire il faudrait lâcher la bride sur les normes environnementales, et plutôt aller faire la leçon à ces pays, C’est complètement fou d’en être là avec les chiffres qui tombent chaque mois, que ce soit sur l’état de la biodiversité, sur la fonte de l’Arctique, sur des événements météo extrêmes de plus en plus fréquents. Et humainement, c’est odieux. L’injustice est énorme.
 

D’où vient cette nouvelle façon de voir la situation écologique et est-ce que ça veut dire quelque chose ?

Il y a un classement réalisé par l’université de Yale qui place la France au 2e rang en matière de "performance environnementale". Du coup, c’est le triomphalisme, comme si tout allait bien. C’était manifestement le prétexte attendu de la part de politiques de tous bords pour en remettre une couche comme quoi "l’environnement ça suffit". On voit le politique se gargariser d’une vision politique, comme si tout ça était abstrait, comme si on pouvait se payer de mots. Même si la France est réellement 2e, est-ce ce qui compte ? Ce qui compte c’est l’état réel de sa nature, de son eau, de son air, de ses sols, son empreinte carbone. Au royaume des aveugles, le borgne myope de l’œil qui reste est roi. En France, c’est vrai qu’on enregistre des progrès depuis 25 ans sur l’air, sur l’eau, d’ailleurs grâce à des normes contraignantes qui avaient suscité une levée de boucliers. Mais pour l’état des sols, de la biodiversité, et l’empreinte carbone, c’est impensable de se satisfaire de ce qu’on voit. Ce sont les indicateurs écologiques absolus, pas relatifs, qui doivent nous guider.
 

On a aussi prononcé le mot injustice…

L’injustice est dans cette façon de dire que c’est pire chez les autres. Le gros du plastique serait rejeté dans les fleuves par des pays d’Asie et d’Afrique et pas par nous. Déjà c’est bien la France qui est le plus gros déverseur de plastique dans la Méditerranée, pour commencer. Ensuite, ce plastique qui se retrouve dans les fleuves d’Asie, une bonne part est constituée par nos déchets, dont nous externalisons le traitement. Une récente enquête a retrouvé des déchets plastiques français dans des cours d’eau en Malaisie. De fait, la Chine, l’Indonésie, la Malaisie commencent à refuser de traiter nos poubelles. Et pour ce qui est de la pollution industrielle, vu le nombre d’objets Made in China qui nous entourent, est-ce que c’est sérieux se poser aux vertueux qui n’ont pas d’usine polluante ? Notre mode de vie génère de la pollution dans le monde entier. Se dédouaner sur leur dos, c’est une aberration écologique et une injustice humaine terrible. Tellement symbolique du fait que tout est lié.

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Le présentateur

Johannes Herrmann

Johannes Herrmann (Cyrille Frey de son vrai nom) est ornithologue. Membre de l'association Oeko-logia, il contribue à la revue Limite. Il est l'auteur, avec sa femme Mauhaut Herrmann, d'un essai sur la biodiversité "La vie oubliée - Crise d'extinction : agir avant que tout s'effondre" (coll. À la limite, éd. Première Partie, 2018).