Élection présidentielle : les primaires seront-elles secondaires ?

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mercredi 31 mars à 7h13

Durée émission : 7 min

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© Christophe ARCHAMBAULT / AFP

À droite, l’idée d’une primaire est relancée après la candidature de Xavier Bertrand. Tandis que la gauche doit trouver un système pour désigner un potentiel candidat unique en 2022.

Faut-il ou non organiser une primaire pour désigner le candidat à l’élection présidentielle ? La question n’est pas nouvelle, mais elle a été relancée, ces derniers jours, avec l’annonce de la candidature de Xavier Bertrand. Le président de la région Hauts-de-France a décidé de se lancer pour 2022, sans passer par une primaire. "Je place ma candidature en dehors des partis politiques, a-t-il annoncé dans une interview pour le magazine Le Point. C’est la logique de la Ve République, du général de Gaulle. Une élection présidentielle, c’est la rencontre d’un homme ou d’une femme et de son projet avec les Français." 

Une annonce qui a forcément créé quelques remous du côté des Républicains (LR). "C’est une manière de tordre le bras aux autres prétendants comme Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez ou encore Valérie Pécresse, analyse Rémi Lefebvre, professeur de science politique à l'université de Lille et auteur de Les primaires : de l'engouement au désenchantement, aux éditions de la Documentation française. Ils n’ont pas envie que Xavier Bertrand s’impose de lui-même."

"Est-ce que la droite est en capacité d’organiser une primaire ?"

À tel point que dès le lendemain de l’annonce de la candidature de l’ancien agent d’assurance, Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat, a réaffirmé sa volonté d’organiser une primaire. L’idée a donc, paradoxalement, été relancée par la déclaration de candidature de Xavier Bertrand. "Mais il y a plusieurs scénarios possibles, détaille Rémi Lefebvre. Désormais, Xavier Bertrand ne pourra pas revenir en arrière et accepter une primaire. Mais est-ce que la droite est en capacité d’en organiser une ? Car il y a un aspect logistique très important : une primaire, ce n’est pas une petite consultation en ligne. Et puis, est-ce que la droite va vraiment organiser une primaire alors que Xavier Bertrand est candidat ?"

Sans oublier le traumatisme de 2017, avec la déroute de François Fillon, le candidat vainqueur de la première primaire ouverte de la droite. En réalité, le parti a toujours un peu de difficulté avec ce mode de désignation. "C’est la droite, au départ, qui voulait mettre en place des primaires dans les années 1990 avec Charles Pasqua car le parti a toujours eu des problèmes de divisions, rappelle Rémi Lefebvre. Mais la première tentative qui va fonctionner, c’est avec le Parti socialiste (PS) qui, après la victoire de Barack Obama aux Etats-Unis et la désignation de Romano Prodi en Italie, va recourir à la primaire notamment pour donner davantage de pouvoir aux sympathisants."

Comment désigner un candidat unique à gauche ?

En France, les premières primaires ouvertes sont donc organisées dès 2011, par le PS mais aussi par Europe Ecologie-Les Verts (EELV). Une démarche payante, puisque François Hollande, le candidat socialiste désigné, remportera la présidentielle. Mais cinq ans plus tard, Benoît Hamon essuiera une défaite retentissante, en étant désigné par les socialistes après l’échec d’une union entre les forces de gauche pour un candidat unique.

C’est d’ailleurs ce même défi qui persiste pour 2022 : récemment, l’eurodéputé écologiste, Yannick Jadot, a de nouveau appelé au rassemblement. Sur le papier, tout le monde est prêt à discuter mais pour l’instant, le clan de Yannick Jadot n’en dit pas plus sur la forme de ce processus de désignation : cela pourrait être un format un peu différent d’une primaire classique, avec peut-être un candidat désigné par plusieurs membres issus de chaque parti, ou bien par des personnes tirées au sort. Mais dans tous les cas, l’union sera difficile à trouver : "L’option de l’accord entre les partis politiques, je n’y crois pas, avoue le professeur de science politique, Rémi Lefebvre. Autre option : déterminer le candidat en fonction des sondages. Ou bien, dernière hypothèse : une primaire organisée par les partis pour faire désigner, par les sympathisants de gauche, un seul candidat. Mais cela demande énormément de moyens, de la logistique, de se mettre d’accord sur un programme. Et puis il faut du temps, c’est presque même déjà trop tard."

Pourtant, malgré toutes ces difficultés, les primaires restent un passage presque obligé, d’après Rémi Lefebvre. "C’est difficile de ne pas passer par cette méthode, même si ses effets sont très aléatoires, reconnaît le professeur de science politique. Elle permet de départager les candidats et de déboucher sur une union. Mais cette union est fragile et les primaires ont tendance à exacerber les divergences ; c’est le paradoxe. Pour 2022, je suis donc assez sceptique, car les partis organisateurs des primaires sont très affaiblis, et ne sont pas forcément en situation d’organiser une procédure lourde et difficile à mettre en place."

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Clotilde Dumay