En Chine, des jeux d'enfants

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L'image de la semaine

vendredi 7 février à 8h52

Durée émission : 3 min

En Chine, des jeux d'enfants

C'est le coronavirus qui a retenu l'attention de David Groison cette semaine : mais avec une photo décalée.

Alors on ne manque pas de photos étonnantes depuis que le virus a commencé à sévir en Chine. Pas mal de photos d’hommes en combinaison intégrale qui pulvérisent de la fumée blanche dans des rues désertes avec de longs tuyaux : on se croirait en plein film d’anticipation. On a aussi des dizaines et des dizaines d’images d’hommes et de femmes avec des masques de protection : le photographe essaie en général d’en caser un maximum dans son cadre. On a aussi un autre classique : la photo de passagers qui descendent d’avion sur tous les tarmacs du monde en train de se faire désinfecter, tester, mesurer, observer…

Mais la photo que j’ai retenue est moins dramatique. Elle est même un peu rigolote.

Deux enfants chinois sont au centre de l’image. Ils sont cadrés en plan américain. On voit leur visage en gros plan et le début de leurs gros blousons, des vêtements d’hiver douillets argentés et bleus foncés. On les imagine assis, car on voit un bout de jean, les genoux pliés d’un deux garçons. Ils ont l’air d’avoir 7/8 ans. Mais on ne devine rien du décor qui les entoure. Il est flou et monochrome. On manque d’indices.

Le garçon au premier plan regarde sur le côté de l’image, droit devant lui. L’autre a l’air d’avoir repéré le photographe, Alex Plavevski et lui jette un œil. Ils portent tous les deux un masque de protection, comme il se doit. Mais ils ont aussi découpé des grandes bouteilles en plastiques pour en faire des masques, des casques, et ils les ont enfilé sur leurs têtes. Leur tête est écrasé dans ces rainures en plastique, avec le bouchon rouge qui plane au dessus de leurs cheveux. Ils portent des combinaisons de spationautes de fortune, faits de bric et de brocs.

On rigole franchement. Car ses deux enfants coincés dans les couloirs de l’aéroport de Guangzhou réagissent… comme des enfants. Tout le monde en fait des caisse, se protège, se surprotège… Alors ils en font un jeu. Ils se déguisent. Evidemment leur bouteille en plastique ne les protègent de rien, mais ils peuvent croire que si. Comme nous avons cru en haut des arbres que nous avions bâti un château, comme nous avons imaginé une plume dans les cheveux être dignes de Sitting Bull prêts à défendre notre tribu, comme une passoire sur la tête nous avons imaginé partir à la conquête de la Lune…

On voit que c’est un jeu d’enfant, car ces deux garçons sont très sérieux. Ils ne rient pas. Ils ne cherchent pas l’approbation des adultes, ils ne nous font pas de clin d’œil complice. Ils sont dans leur monde. Et c’est ça qui est touchant. Si on regarde bien, on devine derrière eux un bout de main sur une barre métallique, une main gantée. Ils sont sur un chariot, poussé par un parent qui désespère de pouvoir enfin partir, les vols internationaux étant suspendus. C’est ça aussi au fond qui fait un bon photographe : on imagine qu’à côté les scènes de panique, de contrôles zélés, de foules impatientes ne manquaient pas. Mais il fallait ouvrir l’œil pour capter cette scène. Pour trouver l’image qui suscitera un peu d’empathie pour ces garçons, ces filles, ces hommes et ces femmes qui vivent un confinement sans précédent…

 

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Le vendredi à 8h52 et 15h15

Chaque vendredi dans la Matinale RCF, David Groison commente une photo de presse.

Le présentateur

David Groison

David Groison est rédacteur en chef du magazine Phosphore, édité par Bayard et destiné aux 14-19 ans. Il est également directeur des titres ados du groupe (Okapi, I love English) Il est enfin l'auteur de plusieurs ouvrages sur la photo chez Actes Sud Junior (Prises de vue, l'histoire vraie des grandes photos). Le matin, il a toujours une petite goutte de sueur au front : été comme hiver, il vient au studio à vélo. @DavidGroison