ETA: après la dissolution, la réconciliation?

Présentée par

S'abonner à l'émission

Le dossier du jour

vendredi 4 mai à 7h18

Durée émission : 7 min

​C’est officiel. L’ETA a annoncé jeudi dernier sa dissolution. L’enregistrement a été publié sur la plateforme internet du journal basque Gara.

L’organisation séparatiste basque assure avoir pris cette décision “pour que le processus en faveur de la liberté et de la paix continue à travers d’autres voies”. Comment comprendre cette décision après soixante ans de lutte armée ? La paix est-elle à portée de main ? Quels défis restent ils à relever ? Quelle rôle l’Eglise peut-elle jouer pour désarmer les coeurs et les esprits ?
 

Un processus de dissolution en plusieurs étapes

Après avoir fait part de sa dissolution dans une lettre publiée mercredi dernier par le journal en ligne espagnol "El Diario", l’ETA a confirmé sa décision dans un enregistrement très attendu. Dans cette déclaration finale, l’organisation séparatiste basque annonce  avoir "démantelé l'ensemble de ses structures" et "mis fin à toute activité politique."

L’annonce de cette dissolution intervient après un processus en plusieurs étapes. En octobre 2011, l’ETA annonçait avoir définitivement abandonné le recours à la violence. C’était lors de la première conférence internationale de la paix d’Aieté. L’organisation séparatiste basque franchit une nouvelle étape l’an dernier, au mois d’avril, et remet aux autorités françaises la localisation de son arsenal, soit huit caches d’armes.

Et puis par voie de presse, il y a une dizaine de jours, l’ETA fait son mea culpa et demande "pardon" aux victimes pour les violences qu’elle avait commises. Enfin il faut préciser que la déclaration finale officielle qui acte la dissolution du groupe armée est intervenue jeudi 3 avril dernier à la veille de la seconde conférence internationale de la paix au Pays basque. Elle a lieu vendredi à Cambo-les-Bains. Pour Jean Paul Massias, professeur de droit public à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour, cette dissolution de l’ETA était après toutes ces années, inéluctable.
 

Ni oubli, ni pardon

Jeudi dernier, le chef du gouvernement espagnol a prévenu, l’ETA ne doit pas espérer l’impunité pour sa dissolution. "Nous ne lui devons rien et nous n’avons à lui être reconnaissant de rien”, a déclaré Mariano Rajoy. Il faut dire que depuis 1959, les actions menées par l’ETA, assassinats, attentats à la bombe  ont fait au moins 829 morts et des milliers de blessés dans le nord de l’Espagne et le sud de la France.

Beaucoup de victimes de l'ETA ne sont d’ailleurs pas prêtes à pardonner le sang versé pendant les années de plomb. Dans une conférence de presse à Saint-Sébastien, la ville basque qui a connu le plus d'attentats, le Collectif des victimes du terrorisme a exigé que l'ETA condamne la terreur. Il attend aussi qu'elle fasse la lumière sur 358 crimes encore inexpliqués.

Il faudra sans doute plus qu’une demande de pardon et du temps pour apaiser la douleur des familles des victimes. Entre la dissolution de l’ETA et la paix, il reste du chemin à parcourir. La "conférence internationale" pour une "paix juste et durable" au Pays Basque qui s’ouvre aujourd’hui à Cambo-les-Bains  sera l’occasion d’écrire une nouvelle page de l’histoire du Pays Basque. Et pour Jean Paul Massias, il s’agit désormais de relever un double défi.
 

Un processus de réconciliation auquel s'associe l'Eglise

Pour entamer ce processus de réconciliation, les parties pourraient bien s’inspirer de l’exemple irlandais. Gerry Adams, l'ex-chef du Sinn Fein doit d’ailleurs participer aujourd’hui à la conférence internationale pour la paix  qui se tient au Pays basque français. Et l’Eglise catholique pourrait aussi apporter sa pierre à la réconciliation.

Les évêques du Pays Basque et de Navarre ont cosigné il y a quelques jours une déclaration dans laquelle ils saluent la demande de pardon de l’organisation séparatiste basque. Si elle constitue selon eux une avancée, elle n’est toutefois pas suffisante. L’Eglise compte toutefois bien contribuer à panser les plaies. Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, est l’un des signataires.

Et si dans leur communiqué, les évêques basques ont eux aussi demandé pardon, pour "des complicités, des ambiguïtés, des omissions" entretenues avec l’ETA, ils n’ont en revanche jamais souhaité participer à ce "processus de paix". Ils précisent toutefois que s’il n’y a pas eu de participation de l’Église en tant que telle au processus de pacification, "il y a eu des personnes très engagées de façon individuelle ou groupée qui ont rejeté le terrorisme et la violence".

Les dernières émissions