Faut-il mieux une chapelle ou un campus?

Présentée par PR-21523

L'édito d'Isabelle de Gaulmyn

lundi 8 juin à 7h55

Durée émission : 3 min

Faut-il mieux une chapelle ou un campus?

© RCF

À Lille, l'Université catholique a un projet ambitieux de campus pour préparer le monde de demain, un projet qui exige la destruction d'une chapelle. Alors, chapelle ou campus?

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Ce matin, je vais vous raconter l’histoire d’une chapelle dont la destruction provoque un grand émoi. Il s’agit de l’ancienne chapelle du collège Saint-Paul de Lille, la chapelle Saint-Joseph. Cette chapelle devait être démolie. Pour laisser place à un projet ambitieux de campus d’écoles d’ingénieurs par l’Université catholique de Lille. Sont prévus des espaces de travail, des serres sur plusieurs niveaux, un "learning center" (laboratoire de recherche), des salles de cours, etc., le tout construit pour que l’empreinte carbone soit nulle.

Mais voilà, campagne municipale aidant, la candidate LREM à la mairie de Lille s’est émue subitement de ce projet de destruction de chapelle. Violette Spillebout a ainsi demandé l'annulation du permis de démolir, brandissant une pétition pour la sauver signée par 5.500 personnes. Une pétition relayée par des associations de protection du patrimoine, qui reprochent à l’Université catholique de Lille de sacrifier ainsi un monument religieux, "un comble pour une institution catholique ». Campagne si efficace que le ministère de la Culture s’en est mêlé : vendredi soir, Franck Riester a publié un arrêté prévoyant un sursis pour la chapelle Saint-Joseph, pour rechercher une alternative à sa destruction. Je ne suis pas là pour juger de la pertinence ou non de sauvegarder ce monument. Mais cette histoire me semble assez paradoxale.

D’abord, l’Université catholique de Lille voulait détruire la chapelle pour un projet de campus assez remarquable, et qui se propose de préparer des jeunes aux défis de demain, et notamment les défis environnementaux, en s’appuyant sur ses valeurs humanistes et chrétiennes. Ensuite, cette fameuse chapelle qui entraîne aujourd’hui un tel émoi est abandonnée depuis 20 ans. Elle a vécu sa dernière messe en 2002 et à vrai dire, personne ne s’en souciait vraiment. Le permis de démolir avait été  signé en mai 2019 et avait obtenu le feu vert des Bâtiments de France, car elle n’est pas classée aux monuments historiques. À signaler que la même Université catholique de Lille a rénové entièrement une autre chapelle située boulevard Vauban, à quelques centaines de mètres à peine de la chapelle du collège Saint-Paul. Que la ville compte aussi de nombreuses églises, qui sont loin d’être toujours remplies. Et il y a fort à parier que la plupart des personnes qui veulent aujourd’hui conserver cette chapelle mettent rarement les pieds dans une église.

D’où mes deux conclusions. La première c’est que quand les catholiques veulent être en prise avec le monde moderne et ses enjeux, ce qui était le cas de ce campus de l’université catholique de Lille, on ne leur en sait guère gré. Comme s’ils étaient d’abord là, dans l’esprit de l’opinion générale, pour entretenir des lieux de culte, où pourtant plus personne ne va… La seconde c’est que notre société, si déchristianisée qu’elle soit, répugne à voir démolir des bâtiments religieux, pour lesquels elle éprouve un attachement étonnant. Il y a là quelque chose qui dépasse la simple nostalgie du patrimoine. Sans doute peut-on y voir le besoin d’avoir encore dans nos villes et nos villages, des bâtiments qui incarnent, par eux-mêmes, cette recherche de sens et de spiritualité inhérente à l’homme. Cela n’est pas non plus à négliger…

 

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Le présentateur

Isabelle de Gaulmyn

Rédactrice en chef au quotidien La Croix sur Twitter : @idegaulmyn