Feminicide

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Un mot, un jour

vendredi 6 septembre à 8h55

Durée émission : 4 min

Un mot, un jour

Voilà un mot qui défraie en ce moment la chronique et qui mérite quelques commentaires.

Le fait n’est pas nouveau hélas, mais en revanche la prise de conscience de ce type de crime devient enfin forte et la conséquence en est l’entrée dans l’usage à haute fréquence d’un mot jusque-là réservé aux spécialistes de la violence.

CE MOT N’EST PAS NOUVEAU

En effet, il est entré dans le Petit Robert en 2015, en tant que « Meurtre d’une femme, d’une fille en raison de son sexe », avec cet exemple « Le féminicide est un crime reconnu par plusieurs pays d’Amérique latine ».

C’est, en effet, en Amérique latine qu’est né le concept de féminicide, de manière institutionnalisée à la suite du triple meurtre de trois sœurs engagées dans le mouvement clandestin de lutte contre la dictature en République dominicaine.

Quant au mot lui-même repris par l’ONU, parfois en « fémicide », c’est un terme qui est apparu au XIXe siècle, attesté en 1855, et popularisé dans les année 1980 par la Britannique Jill Radford et Diana Russel. Elles en ont les premières proposé la définition en tant que « meurtre de femmes commis par des hommes parce que ce sont des femmes » avec un livre à l’appui Feminicide, the Politics of Woman Killing, en 1992.

Le mot est de fait à la fois anglais et français, mais d’évidence il est parfaitement construit sur la racine femina, femme, et cide qui tue, s’inscrivant ainsi dans ce que les linguistes appellent des mots composés savants. Et de fait, il est en train de s’installer dans l’usage, mêmes si quelques-uns s’insurgent en proposant un autre mot qui lui, je l’ai vérifié, ne se trouve pas dans nos grands dictionnaires.

Un autre mot pour remplacer "Féminicide" ?

Oui, il s’agit du mot "uxoricide" qui contrairement à "féminicide" n’est pas vraiment transparent pour qui ne se souvient pas qu’uxor en latin désigne l’épouse. Là aussi c’est un terme de savants, et à dire vrai même si uxor a donné en ancien français l’oissour, désignant l’épouse, et oissoré, le fait d’être marié, deux mots disparus, je préfère de loin un mot dont on devine d’emblée le sens comme féminicide.

À vrai dire on peut inventer beaucoup de mots avec la racine –cide. Par exemple conjointicide. Quoi qu’il en soit vite, vite que ces deux mots disparaissent avec leur réalité.
 
 
 
 
 

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Jean Pruvost, lexicologue passionné et passionnant vous entraîne chaque matin dans l'histoire mouvementée d'un simple mot !  

Le présentateur

Jean Pruvost

Chroniqueur de langue à RCF depuis 2011, Jean  choisit chaque jour un mot de l’actualité, pour l’intense plaisir d’en partager la saveur, en ouvrant les dictionnaires de sa bibliothèque qui en compte dix mille… Explorer ensemble les mots, c’est construire des harmonies. Jean aime aussi marier les mots et les notes sur sa guitare.