Fin d'un monde

Présentée par PR-23083

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L'édito d'Isabelle de Gaulmyn

mardi 15 septembre à 7h55

Durée émission : 3 min

Fin d'un monde

© DR

Entre les déclarations sur le Tour de France ou le sapin de Noël, les premières prises de position des nouveaux maires écologistes nous éloignent des grands enjeux politiques du moment.

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Il est évidemment trop tôt pour juger, et il faut attendre les premières décisions de ces nouveaux élus. Mais dans un livre qui vient de sortir, « le pire n’est pas certain » Catherine et Raphaël Larrère, respectivement philosophe et ingénieur de l’écologie, donnent peut-être une des clés pour comprendre la maladresse politique des verts. Pour eux, les écologistes ont perdu le sens de la politique, en se polarisant sur les théories de l’effondrement, vous savez ces théories que l’on appelle collapsologie, et qui nous annoncent une catastrophe inévitable, à laquelle nous n’avons plus qu’à nous préparer.

Ce livre est un pavé dans la mare écologiste, où la théorie de l’effondrement, née d’un sentiment d’urgence mais aussi d’impuissance à changer les choses, occupe une place de choix, de Pablo Servigne à Yves Cochet et surtout connait un succès croissant.

Repartant de Hans Jonas, les auteurs montrent comment la notion de catastrophe fut mise en place pour pousser justement les responsables politiques au passage à l’acte, en soulignant la globalisation des risques sur la planète et la nécessité de les prévoir. Mais ensuite, de possibilité, l’effondrement est devenu avec les collapsologues une certitude. Considéré comme inéluctable par un certain nombre de théoriciens, cet effondrement rend dès lors inutile tous les combats, toutes les politiques : il n’y a rien à faire, si ce n’est à se préparer à survivre le mieux possible à l’après effondrement, en comptant sur les solidarités locales.

Nos auteurs n’hésitent pas à parler d’une forme de « politico-négationnisme » vert. Le terme est fort, l’accusation un peu injuste même. Les collapsologues s’investissent dans des solutions locales (communauté écologique, ecovillage, etc.). Mais justement, parce qu’ils renoncent radicalement à toute réflexion sur les structures étatiques, qu’ils ne comptent que sur une forme d’entraide de voisinage, ils sont incapables d’envisager ces projets dans un cadre plus collectif, et donc politique.

De plus, ces théories restent sur une vision trop globale d’une planète dont l’avenir serait promis à un effondrement uniforme : tout est foutu, partout. Or notre planète est composée d’une multitude de systèmes, dont les degrés d’interdépendance diffèrent et ne réagissent pas tous de la même manière aux catastrophes, on l’a bien vu avec la covid. En fait, il n’y a pas « un » effondrement unique, mais « des » effondrements successifs, qui n’ont pas attendu les collapsologues du XXI e siècle : pour les indigènes d’Amérique, l’effondrement a eu lieu en 1492…

Mais si on cesse de penser au global, où effectivement on se sent impuissant, on découvre que, au plan local, des possibilités d’action se dessinent explique ce livre : des citoyens se mobilisent justement pour éviter l’effondrement, les initiatives collectives se multiplient. Bref, il faut cesser de penser à l’effondrement de notre monde, sortir de notre sidération d’Occidentaux nantis pour regarder ce qui est en train déjà de s’effondrer et surtout de se réinventer ailleurs. La fin du monde n’est jamais que la fin d’un monde, et d’autres mondes sont possibles.
 
 

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