François Bougon: "la présence chinoise n’est jamais innocente"

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Le Grand Invité

lundi 3 juin à 8h10

Durée émission : 15 min

François Bougon: "la présence chinoise n’est jamais innocente"

© © Hermance Triay

Le 4 juin 1989, des étudiants chinois installent leur campement place Tien An Men, à Pékin, et sont massacrés par l’Armée. Retour sur un événement qui a marqué la Chine en profondeur.

2.000 personnes massacrées

Il y a trente ans, on ne parlait pas encore d’occuper les places, mais un vent de liberté et de renouveau commençait à souffler sur la planète. Et en Chine, notamment. Trente ans auparavant, des étudiants chinois, réclamant plus de liberté, installent leur campement sur la place Tien An Men, à Pékin. Un sitting violemment réprimé par le pouvoir de l’époque. Au total, plus de 2.000 personnes seront massacrées.

De ce massacre, le monde ne retiendra qu’une image, celle d’un homme seul arrêtant une colonne de chars. Une photo mythique qui n’a pas été prise au début du massacre, mais au lendemain. "Beaucoup de gens se trompent sur la date de cette photo. Elle est prise le dimanche. Le massacre a eu lieu dans la nuit du vendredi au samedi. La place est totalement contrôlée par les militaires envoyés pour réprimer. On voit quelqu’un dont on ne sait pas le nom, qui se dresse face au char. Nous avons choisi ce cliché pour illustrer ce massacre" explique François Bougon, journaliste au Monde, spécialiste de la Chine, auteur de "La Chine sous contrôle" (éd. du Seuil).
 

Un événement qui préfigure le régime chinois actuel

Ce dernier revient sur la décision d’envoyer les chars pour stopper ces militants pacifiques qui dérangent. "C’est Xiaoping qui décide. Il estime que c’est un mouvement contre-révolutionnaire. La confrontation va avoir lieu. Il y a d’un côté les conservateurs qui vont obtenir l’écoute de Xiaoping. Il y a des divisions également chez les étudiants. Mais Xiaoping a estimé que seule l’armée pouvait sauver le parti" ajoute François Bougon, qui précise que beaucoup de cadres du parti craignaient un retour de la Révolution culturelle.

Trente ans après, le régime chinois justifie encore un tel massacre, estimant que les autorités de l’époque ont pris une décision correcte. "C’est un événement très important qui préfigure le régime chinois d’aujourd’hui, à savoir l’utilisation du libéralisme économique sans aucune libéralisation du régime politique" lance encore le journaliste, qui indique qu’il y a la volonté aujourd’hui pour le régime "d’imposer sa vision de l’histoire, de la politique, et de refuser complètement les valeurs universelles".

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Chaque matin, Stéphanie Gallet reçoit une personnalité au cœur de l’actualité nationale ou internationale. Décryptage singulier de notre monde et de ses enjeux, mais aussi découverte d’un parcours, d’un engagement. Au cœur de la grande session d’information du matin, une rencontre quotidienne pour prendre de la hauteur avec bienveillance et pour donner du sens à l’information.  

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Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.