Goncourt virtuel, Goncourt de rêve ?

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L'édito d'Isabelle de Gaulmyn

mardi 1 décembre 2020 à 7h55

Durée émission : 3 min

Goncourt virtuel, Goncourt de rêve ?

© DR

Isabelle de Gaulmyn revient sur la cérémonie du Goncourt, qui s'est déroulée hier par visioconférence. Il a été décerné à l'écrivain Hervé Le Tellier pour son roman "L'anomalie".

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Le confinement réserve parfois de bonnes surprises. Comme hier, pour l’attribution du prix Goncourt. Notre critique littéraire Sabine Audrerie dans La Croix, note en effet que, cette fois-ci, il n’y avait pas de foire d’empoigne des journalistes devant chez Drouant. Pas de photographes jouant des coudes au risque d’éborgner des convives, de badauds amassés dans la rue. Grâce au télétravail, ici "télé attribution de prix", pour la première fois peut-être de son histoire, jurés et lauréat - chacun devant la caméra de son ordinateur depuis son salon ou son bureau - ont pu, avec un plaisir visible malgré le "distanciel", parler littérature - Chacun a pu exprimer sa joie de lecteur, et motiver son choix, le lauréat détaillant en réponse les moteurs et ressorts de son livre. 

Le prix fut donc attribué à Hervé Le Tellier pour son roman "L’anomalie". Un roman qui justement se joue avec humour des dimensions de l’espace et du temps. L’annonce a donc été faite par Zoom, et elle n’a pas déçu, car elle est comme un clin d’œil à la situation actuelle : "Existons-nous vraiment ? Peut-on se fier à nos sens ?" Voilà les deux questions que Hervé Le Tellier a indiqué s’être posé comme point de départ à l’écriture de son roman, il y a deux ans. 

"L’anomalie" (éd. Gallimard) propose une intrigue qui imagine le double atterrissage à New York d’un avion d’Air France avec le même équipage et les mêmes passagers, chacun. Et le monde entier étant bientôt confronté à ce dédoublement. Au total, cette édition numérique du Goncourt fut à tous égards reposante pour le spectateur, à qui il est permit de rappeler le plaisir simple et profond de la littérature.

Pour la première fois, discipline du Zoom oblige, les membres du jury ne s’interrompaient pas, ne polémiquaient pas, ils s’écoutaient, chacun a pu s’exprimer dans un silence royal. En dehors donc de toute la mise en scène qui d’habitude vient polluer la remise des prix littéraires. "On a vécu un étrange Goncourt", a confié Didier Decoin, président du Jury à La Croix. Il n’avait pas vraiment envisagé d’annuler le prix. Mais, plutôt que de Zoom, auquel il lui a fallu se résoudre, il avait rêvé "d’une version pontificale (ce sont ses mots) où nous serions apparus aux fenêtres du restaurant Drouant pour une annonce Urbi et orbi, à la ville et au monde". 

Peut-être à garder en tête pour l’an prochain. En attendant, puisque, pas plus que les jurés Goncourt, nous n’avons droit au restaurant, il est temps d’aller en librairie, faire notre provision de livres pour l’hiver !

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