"Grâce à Dieu": pour François Ozon, "le vrai sujet du film, ce sont les victimes"

Présentée par UA-51761

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mercredi 20 février 2019 à 6h41

Durée émission : 4 min

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© ODD ANDERSEN AFP

"Grâce à Dieu", le film de François Ozon sur la pédophilie dans l’Eglise retraçant l’histoire de victimes dans l’Affaire Preynat sort dans les salles de cinéma mercredi 20 février.

La diffusion de ce film dans les salles de cinéma n’a pas été une mince affaire. Les avocats du prêtre lyonnais mis en examen pour agressions sexuelles avaient assigné en référé François Ozon pour obtenir un report de la sortie de son film. Le tribunal de grande instance de Paris a considéré que la demande n’était pas recevable dans le mesure où plusieurs messages insérés à la fin du film rappellent la présomption d’innocence dont bénéficie encore le père Preynat. RCF Lyon a pu interroger le réalisateur.
 

Où démarre la fiction, où démarre le réel dans votre film ?

"Le film est une fiction car c’est une reconstitution. Ce n’est pas un documentaire. Je n’interviewe pas les personnages de cette affaire. J’ai décidé de les faire incarner par des acteurs. J’ai fait un long travail d’investigation, j’ai rencontré tous ces personnages, j’ai écouté leur histoire. Et à partir de leur histoire j’ai écrit un scénario qui respecte je pense les faits. Après, forcément, il y a quelques libertés, notamment autour de l’entourage des victimes. Il y a des gens qui m’ont dit des choses extrêmement intimes, des choses encore plus violentes que ce qu’il y a dans le film, des choses encore plus graves, et par respect pour leur intimité je ne les ai pas racontées. J’ai fait en sorte que les trois acteurs principaux ne rencontrent pas les trois victimes dont je parle. Ils se sont rencontrés une fois le film terminé. J’ai juste essayé de faire des liens de scénariste entre plein de choses, essayé de raconter une histoire très particulière mais en même temps, qui acquiert des qualités d’universalité. Cela se passe à Lyon, mais cela pourrait se passer en Amérique du Sud, en Italie ou en Espagne" explique François Ozon.

A l’écran, il y a le père Preynat, le cardinal Barbarin, et Régine Maire. Les avez-vous contactés ?

"Je n’ai pas eu besoin de les rencontrer. Pour moi, le vrai sujet du film, ce sont les victimes. Après il y a des personnages secondaires. Et pour ces personnages, j’avais tout ce qu’il me fallait. J’ai utilisé toutes les déclarations publiques alors que sur les victimes, comme je suis sur la vie privée, j’ai gardé les prénoms et changé les noms de famille pour protéger les enfants, les parents, les frères et sœurs" ajoute-t-il.
 

Le fait de vous confronter à des personnes réelles, qu’est ce que cela a changé dans votre écriture ?

"Cela vous donne une responsabilité. Surtout quand ce sont des personnages que vous admirez. Vous avez envie d’être à la hauteur de leur combat, de ne pas les trahir. J’ai aimé rencontrer des gens qui ne sont pas tout noir ou tout blanc. Ce sont des êtres humains avec leurs failles, leurs émotions, leurs emportements. J’ai essayé de restituer cela dans le film, pour tous les personnages. J’ai essayé de montrer une part d’humanité pour toutes ces personnes impliquées dans l’affaire" conclut le réalisateur du film "Grâce à Dieu".
 

 

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Le présentateur

Jean-Baptiste Cocagne

Après trois ans passés à Rome sur les ondes de Radio Vatican, Jean-Baptiste Cocagne intègre la rédaction de RCF Lyon en septembre 2015. Aujourd'hui rédacteur en chef, il anime la tranche régionale du "18/19 Auvergne-Rhône-Alpes".